Bab el Mandeb : le détroit des collusions douteuses

Bab el Mandeb : le détroit des collusions douteuses

Bab el Mandeb, de l’arabe « porte des lamentations » (en référence aux dangers qui ont jadis existé dans la navigation le long du détroit, notamment pour les marins) est le deuxième détroit le plus fréquenté au monde. Il forme une partie du lien entre la mer Méditerranée et l’Asie du Sud Est. L’importance stratégique que revêt Bab el Mandeb, s’explique en l’occurrence par sa position de quatrième passage maritime le plus important au monde. Précisément, en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique dont dépend une grande majorité des pays occidentaux et de puissances dites non alignées, comme la Russie et la Chine.

Bab el Mandeb, au-delà d’être un des couloirs maritimes le plus important du monde, est incontestablement l’unique lieu d’accueil de plusieurs bases militaires de pays rivaux et concurrents. Sur ce détroit, ce sont deux blocs et deux modèles antinomiques qui entrent en collusion : le consensus de Washington et celui de Pékin.

Il convient de rappeler que Bab el Mandeb n’a attiré les regards que récemment. Zone de vastes pirateries maritimes et d’attaques terroristes, les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis favorisent un changement des rapports de force, aussi bien dans la zone que dans toute la région.

Forte de sa stratégie de contre-terrorisme notamment en Somalie et au Yémen (pays d’origine d’Oussama ben Laden, ancien homme le plus recherché de l’histoire) et de piraterie maritime (pour protéger les navires battant pavillon américain), l’administration Bush créé, sous l’impulsion du Pentagone, la « Combined Joint Task Force Horn of Africa », du français (force opérationnelle interarmées combinée – Corne de l’Afrique)[1]. Cette force, basée à Djibouti depuis 2002, précisément au camp Lemonnier, mobilise plus 4.000 militaires de la US Navy. Analyse des stratégies d’influence basées sur la dissuasion militaire.

𝗗𝗷𝗶𝗯𝗼𝘂𝘁𝗶, 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗶𝗱𝗲́𝗿𝗲́ 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗶𝗺𝗽𝗼𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁𝗲𝘀 𝗽𝗹𝗮𝘁𝗲𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝘀 𝗹𝗼𝗴𝗶𝘀𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗮𝘂 𝗺𝗼𝗻𝗱𝗲

Depuis son installation, la base militaire, tête de pont de la US Africa Command, a participé à la formation de plusieurs armées des pays de l’Afrique de l’Est et mené des frappes de drones contre Al-Shabab et les dirigeants d’Al-Qaïda sous l’administration Obama[2]. C’en est suivi l’installation de la base militaire japonaise en 2011 avec plus 180 hommes. En 2017, c’est à la base militaire chinoise (premier du genre à l’étranger) de s’installer à Obock au Nord de Djibouti. Cette base est – capable d’accueillir quatre sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire.

Dans le même temps, des troupes italiennes, allemandes et espagnoles se sont aussi installées dans le détroit (contingents réduits d’experts qui se relayent dans le cadre de l’opération Atalanta de lutte contre la piraterie maritime). Cependant, la plus ancienne, voire la première base militaire étrangère à s’être installée à Djibouti est celle de la marine française, implantée depuis 1969. Ce qui est historiquement justifié, car la France est un des premiers partenaires bilatéraux de Djibouti.

Ces bases militaires sont installées presque côte à côte à Djibouti. Ce pays est considéré comme une des plus importantes plateformes logistiques au monde, en raison de sa façade maritime longue de 370 km qui donne sur la Mer Rouge et le Golfe d’Aden. Toutes ces bases militaires payent des loyers au gouvernement Djiboutien : 58 millions de dollars par an pour les Etats-Unis, 30 millions d’euros pour la France, 20 millions de dollars pour la Chine, 3,5 millions de dollars pour le Japon, soit près de 10% du PIB du pays. On parle même du « Business des bases militaires ».

Plus à l’ouest du détroit, à seulement 150 miles de Djibouti, les Britanniques avaient auparavant établi une station de charbon à Aden pour soutenir leurs intérêts militaires et commerciaux dans la Corne de l’Afrique et dans l’océan Indien. Très précisément, d’après une information du magazine Washington Examiner « bien avant que Winston Churchill (en tant que jeune officier de l’amirauté) ne convertisse la marine britannique au pétrole, les Anglais comptaient sur le vent et le charbon. Pour assurer l’approvisionnement des navires, ils avaient besoin de stations de charbon et d’approvisionnement. C’est une des raisons pour lesquelles, en janvier 1839, la British East India Company débarqua des marines à Aden et pourquoi le Royaume-Uni conservera la ville et le territoire qui l’entoure pendant près de 130 ans ».

Toutes les grandes puissances nourrissent l’ambition de pouvoir opérer à Bab el Mandeb – le Canal de Suez en a d’ailleurs fait un des plus grands points d’étranglement stratégiques maritimes du monde – contigu à Djibouti.

En effet, l’Iran a cherché à s’installer à Djibouti, mais les pressions américaines sur le gouvernement djiboutien ont fait échouer le projet. La Russie et l’Inde ont sollicité le gouvernement Djiboutien pour installer, eux aussi, leurs bases militaires dans le pays. Cependant, ils ont eu une fin de non-recevoir. Le Président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, a expliqué ce refus par le fait que son pays abrite déjà assez de bases militaires.

Par ailleurs, des lobbies saoudiens tentent aussi de négocier l’installation d’une base militaire de la marine royale saoudienne. Ces négociations pourraient aboutir ou pas, dans la mesure où la Chine « dicte ses ordres » au gouvernement Djibouti, tout dépendra donc de son agenda.

𝗘𝗻 𝗼𝗰𝘁𝗼𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟬𝟬, 𝗹𝗲 𝗱𝗲𝘀𝘁𝗿𝗼𝘆𝗲𝗿 𝗮𝗺𝗲́𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻 𝗨.𝗦.𝗦. 𝗖𝗼𝗹𝗲 𝗮 𝗲́𝘁𝗲́ 𝘃𝗶𝗰𝘁𝗶𝗺𝗲 𝗱𝘂𝗻 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝘁𝗮𝘁 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝗱𝗶𝗾𝘂𝗲́ 𝗽𝗮𝗿 𝗔𝗹𝗤𝗮𝗶̈𝗱𝗮

Au même moment qu’elle essuyait « un revers » pour l’installation de sa base militaire à Djibouti, la Russie a proposé, en juin 2018, la construction d’une petite base navale et d’une station aérienne dans la ville de Zeila, de la République dite autoproclamée de Somaliland, en échange d’une reconnaissance internationale[3]. Deux ans plus tard, c’est-à-dire, en novembre 2020, l’agence de presse russe Tass[4], rapporte l’approbation d’un projet d’accord sur l’établissement d’une base militaire russe au Soudan, au Sud-Est de Djibouti, sur la Mer Rouge. Elle accueillera près de 300 militaires et personnels civils, mais aussi quatre navires de guerre, dont des engins à propulsion nucléaire. L’installation de cette base s’inscrit dans une démarche de dissuasion et du renforcement de l’ancrage africain de la Russie. Objectif : protéger les intérêts russes dans la région. A souligner que la Russie est un important producteur d’hydrocarbure.

La présence de ces bases militaires qui servent officiellement à surveiller le détroit contre des actes de sabotage serait bien justifiée. Car en octobre 2000, le destroyer américain U.S.S. Cole a été victime d’un attentat revendiqué par Al-Qaïda dans le port d’Aden. En 2002, le pétrolier français Limburg a été à son tour touché dans le détroit par un bateau piégé d’Al-Qaïda.

Quant à la chine, investissant massivement dans la région et important principalement des minerais et du pétrole, l’installation de sa base militaire s’expliquerait en partie pour la surveillance de ses navires, la protection de ses ressortissants, la « promotion de la paix et de la stabilité régionale ». Au même titre que les autres bases militaires, l’installation de celle de la Chine paraît aussi justifier. Néanmoins, des questions de fond demeurent, au regard des velléités militaires de l’Empire du Milieu et surtout son influence économique grandissante à Djibouti et dans toute la région (signature d’un protocole d’accord avec l’entreprise chinoise POLY-GCL Petroleum Group Holdings Ltd pour investir 4 milliards de dollars dans un projet de gaz naturel[5], comprenant un gazoduc, une usine de liquéfaction et un terminal d’exportation situés à Damerjog, près de la frontière avec la Somalie. Tentative de la Chine de monopoliser des terres rares en vue de renforcer son économie[6]. Deal dans les zones les plus instables en Somalie, avec l’obtention du géant chinois du pétrole, CNOOC, de l’autorisation de rechercher du pétrole[7]. Exercices militaires inédits à Djibouti en 2017[8]).

Indiscutablement, Bab el Mandeb est le détroit des collusions douteuses. En 2016, 4.8 millions de barils de pétrole brut ou raffiné y passaient chaque jour, soit plus de 34 % des flux mondiaux d’or noir. Ce qui est en fait une artère névralgique de l’économie mondiale. Si les rivalités géostratégiques sont palpables, quelques détails attirent l’attention.

𝗟𝗲𝘀 𝘃𝗿𝗮𝗶𝗲𝘀 𝗿𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗶𝗻𝘀𝘁𝗮𝗹𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗰𝗲𝘀 𝗯𝗮𝘀𝗲𝘀 𝗺𝗶𝗹𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗻𝗻𝘂𝗲𝘀

Toutes les fois où une base militaire est installée à Djibouti et dans la région, depuis celle des américains (Cf. Bases militaires chinoise, russe, turque en Somalie, Emiratie en Erythrée et au Somaliland – à Berbera pour des opérations aéronavale – le long du détroit de Bab el Mandeb), c’est très exactement le même narratif qui est utilisé : « Maintien de la paix et de la stabilité régionale », mais jamais « protection des intérêts économiques et politiques ».

Les rhétoriques officielles étant toutes similaires, une interrogation subsiste par ailleurs. S’il s’agissait de maintenir la paix et même lutter contre les pirateries maritimes, l’installation d’une base militaire avec tous les coûts financiers, techniques et technologiques qu’une telle aventure engendre, est-elle vraiment justifiée ? Pourquoi, à en croire les narratifs des uns et des autres, ne faudrait-il pas équiper, former et entraîner les armées de la région tout en renforçant les aides militaires ? Une telle démarche n’aura-t-elle pas suffit à lutter contre la piraterie maritime ? Pour la paix dans la région, ne s’agit-il pas d’un affrontement entre puissances rivales, qui armeraient chacune ses soutiens sachant que les armes sont importées et ne sont pas fabriquées sur place ? Le dialogue politique franc ne semble-t-il pas un des gages de succès pour une stabilité durable ? Les vraies raisons de l’installation de ces bases militaires sont connues. Elles ne sont pas dans les discours officiels,

GUINÉE : analyse et décryptage du discours d’adresse à la nation du Colonel Mamadi Doumbouya

GUINÉE : analyse et décryptage du discours d’adresse à la nation du Colonel Mamadi Doumbouya

Ce dimanche 31 octobre à 20h30, après le passage de l’hymne national qui introduit traditionnellement l’allocution présidentielle, le Colonel Mamadi Doumbouya, discours à la main, se dirige vers le pupitre pour se prêter à son premier exercice de cet ordre, avec toute la solennité requise.

Cette allocution du Président de la transition s’inscrit dans le cadre de la fête anniversaire de l’armée guinéenne, qui se tient chaque 1er novembre. Cette année, l’armée guinéenne fête les 63 ans de sa création. L’événement pré-enregistré est diffusé par la RTG, média d’Etat.

Au-delà de toute forme de subjectivité qui serait mal venue, cette analyse relève des points d’amélioration sur lesquels il est opportun de s’attarder. En tenant compte du contexte, cet article aborde inévitablement des contresens de communication qui se sont glissés pendant l’allocution de Mamadi Doumbouya.

A rappeler que cet exercice de décryptage se veut complétement désintéressé. Il ne s’agit pas de commentaire politique mais d’une simple tentative d’analyse sémiotique de [du] discours avec un élargissement géopolitique. Cela dit, passons au cœur du sujet.

Pour comprendre cette analyse, un bref détour conceptuel et une convocation de l’approche saussurienne seraient impérieux. Par discours, il faut ici entendre un ensemble profilmique, c’est-à-dire, tout ce qui se trouve dans l’objectif de la caméra. Même un mur est un discours, car ayant normalement une portée symbolique et à cet effet objet de sémiologie. Par ailleurs, l’expérience suggère qu’un discours, pour qu’il réussisse, doit s’engager dans une démarche de précision représentationnelle. En la matière, l’équipe de communication autour du Président Doumbouya devrait faire des efforts.

‘Au nom du Peuple’

Après avoir cité des noms de militaires populaires, faisant encore l’unanimité, le Colonel Mamadi Doumlbouya leur rend hommage pour avoir « aussitôt renoncé dignement à tous les privilèges de l’armée coloniale, pour se mettre au service de leur Patrie », et rappelle ô combien la Guinée a été au cœur de l’accession à l’indépendance de bien de pays africains dont le Congo et la Guinée Bissao.

Le Général Noumandian KEITA, le Général Lansana CONTE, le Colonel Louis Lamine DIALLO et le Colonel Kaman DIABY. Des noms, des images et une histoire. Il s’agit d’une démarche de reconnaissance mémorielle, une injonction aux souvenirs et une rupture dans le discours. Rupture car le régime de l’ex Président déchu, Alpha Condé, ne s’est jamais inscrit dans un tel registre. L’opinion publique découvre aussi que c’est toute la Guinée qui s’est mobilisée pour la reconquête de sa dignité. En cela, le nom du Colonel Louis Lamine DIALLO sonne comme un coup de tonnerre dans un pays où l’histoire est devenue un outil de discordes. Il ne s’agit donc pas seulement de Sékou Touré qui a joué un grand rôle dans l’accession à l’indépendance mais de tous ces militaires restés jusqu’alors presque anonymes. Les familles de militaires et une partie de l’opinion publique verront là une patrie reconnaissante. Tout cela renforce l’image positive dont jouit le Colonel depuis le 5 septembre. De libérateur, il est maintenant le réconciliateur en chef.

Le « au nom du peuple » peut être doublement entendu. D’abord comme une affirmation de légalité. Habituellement, ce sont des personnes élues qui parlent au nom et pour le compte du peuple. Or Mamdadi Doumbouya est une autorité de transition. Ensuite comme une manière de légitimer la reconnaissance et l’honneur faites à l’ensemble des militaires morts pour la Guinée.

‘Nous devons avoir constamment à l’esprit’

Dans ce discours de 11 minutes et 13 secondes, une autre rupture avec l’ancien régime apparaît. Le « Nous devons avoir constamment à l’esprit » rappelle quelque part la mise en garde faite à Alpha Condé, par Keléfa Sall en 2015, à l’occasion de la prestation de serment pour un second mandat présidentiel de celui qui s’est inscrit du mauvais côté de l’histoire.

Mamadi Doumbouya entend rompre avec le passé et veut inscrire l’armée non pas dans un schéma décidé par les partenaires mais par lui et son équipe. Cela rappelle son discours à l’Ecole de Guerre de Paris, où il s’opposait clairement à toute forme d’ingérence, y compris par le renseignement militaire.

‘Loi de Programmation Militaire adaptée aux besoins de nos armées’

C’est pourquoi, il n’est pas innocent de souhaiter une loi de programmation militaire adaptée « aux besoins de nos armées ». Il faut donc comprendre que jusque-là les lois de programmation militaires n’étaient pas totalement décidées par les autorités guinéennes mais qu’elles subissaient l’influence des partenaires. Mamadi Doumbouya remercie habilement ces partenaires pour éviter toute interprétation d’hostilité ou de défiance. Cela se ressent dans le ton quand il arrive à ce moment du discours.

Et puis, arrive l’annonce de la mise à la retraite de certains militaires. Comme s’il redoutait quelque chose, il rassure tout en se montrant ouvert à d’éventuelles sollicitations.

‘Bénéficier d‘une retraite digne’

En Guinée, l’indemnité de retraite ne vaut pas grand-chose et est souvent perçue comme une punition. Il existe même un terme péjoratif pour la nommer : « Pension », qui renvoie à une somme d’argent ne permettant qu’à subvenir à ses besoins de premières nécessités. Ainsi, en assurant que « Bâtir une armée moderne passe aussi nécessairement par le respect des droits des personnels des Forces de défense et de sécurité, y compris celui de bénéficier d‘une retraite digne, qui ne doit en aucun cas être considérée comme une punition », Mamadi Doumbouya anticipe toute forme de contestation et annonce sans le dire, une revalorisation de l’indemnité de retraite ainsi que des avantages accordés aux militaires retraités.

Au demeurant, en essayant d’interpeller nommément les militaires pour faire passer un message de respect et de complicité, il bute sur le nom de ‘l’Adjudant-chef Fara KAGBADOUNO’. Quelques secondes après, il esquisse un sourire et passe rapidement sur le nom des autres soldats de deuxième classe. Une preuve que lui-même reconnaît l’erreur qu’il a commise, laquelle est imputable à ses conseillers et à son équipe de communication. L’interpellation directe et nominative est une forme de proximité créée dans le discours et c’est pertinent.

Hésitant parfois, butant souvent sur les mots, amalgamant la gestuelle, regard perdu quelque peu, sont là des illustrations non exhaustives d’un exercice de média training peu rodé. Au moins par trois fois, il a regardé à sa gauche, hors champ de la caméra. C’est comme si quelqu’un l’interpellait.

En temps normal, puisque c’est une allocution pré-enregistrée et de surcroit ayant fait l’objet de nombreuses coupures, l’équipe de communication aurait dû reprendre l’enregistrement.

Mamadi n’incarne pas totalement [dans la posture] son discours. Si le ton est resté le même du début à la fin, il en va de même pour ses gestes. D’ailleurs, ces derniers n’illustrent guère, ils martèlent. Cela laisse un goût d’inachevé.

Globalement, ce discours nous enseigne trois choses : une corruption élevée au sein de l’armée guinéenne et des défiances constatées vis-à-vis de la hiérarchie, une volonté de faire durer la transition au-delà de 12 mois et un désir manifeste de rester toujours populaire.

Il faut enfin saluer la maîtrise du prompteur par le Colonel. Il pourrait facilement faire un orateur avec un peu d’exercices.

Toutefois, on peut constater aisément que les deux drapeaux situés à droite de l’écran sont coincés par deux objets. Une façon de bien dissimuler le décor qui a l’air de n’avoir pas été véritablement pensé ? Aussi, le pupitre en soit n’incarne rien, ni par sa forme ni par la police typographique qui doit être changée. Le sceau national de la Guinée apparaît flou à l’écran comme s’il s’agit d’un papier à lettre imprimé et collé.

Le Colonel devrait dans ses apparitions et ses prises de paroles y mettre un peu plus de solennité digne à son rang de Président de la transition.

Kossa CAMARA

Guinée : analyse de onze ans de communication politique et publique

Guinée : analyse de onze ans de communication politique et publique

La communication publique ou gouvernementale (un concept très français) se distingue de la communication politique par leurs finalités respectives. La première a pour but l’intérêt général, quand pour la seconde, il s’agit d’intérêt de groupes ou d’entités politiques à visée électorale. Dans la pratique, cette différence tend à s’effacer au profit d’une collusion voilée. Car la communication du gouvernement devient de plus en plus politique quand la communication des partis ou des groupes politiques devient d’ordinaire publique. 

Cette approche est d’une complexité favorable à l’Etat et aux hommes politiques qu’aux citoyens auxquels ils s’adressent. Lorsque souvent, à l’approche d’échéances électorales, des personnes dépositaires de l’autorité publique, comme des Ministres de la République, se déplacent dans les régions, arborant les couleurs du parti de la majorité, toute communication autour de ce déplacement est politique. Or, la communication politique est théoriquement réservée aux hommes et aux partis ou mouvements politiques.

A l’inverse, en dehors de toute compétition électorale, des hommes politiques (même si cela reste rare) mènent des campagnes d’utilité publique comme la sensibilisation portant sur la salubrité ou encore la prévention contre les épidémies de type Ebola et Covid19. Ces actions présumées politiques sont pourtant d’intérêt général en apparence. Entre la communication publique et politique la frontière semble revêtir une discussion scolaire, tant il vrai qu’elle est mince. Les deux types de communication ont, malgré les distinctions qui s’opèrent, recourt aux mêmes outils et s’adressent [finalement] aux mêmes publics.

Le citoyen passif ne comprendrait pas cette distinction. Non pas parce qu’il est seulement passif, mais parce qu’il est assommé de messages, au point d’être perméable à tout. Toutefois, sa passivité soutenue par son excès d’engagement militant l’ayant conduit à une espèce de fanatisme décomplexé, semble être un élément causal mais qui n’explique pas tout. Le citoyen actif, souvent critique et parfois réfléchi n’est pas non plus armé pour déceler cette subtilité, en raison d’une banalisation innocente qui ne lui profite hélas point. Ce constat peut être vu comme normal, dans la mesure où il n’appartiendrait pas aux citoyens de faire le travail du journaliste censé enquêter et dénoncer ou de l’analyste qui aurait gagné à pousser l’intrigue.

Cette situation appelle à une nouvelle conceptualisation du citoyen militant ou citoyen non militant. Mais à l’examen, si le premier modèle de citoyen est vrai, il n’en demeure pas moins que le second soit un vœu pieux. Car dans les faits, tout le monde est militant. Cette réflexion étant purement sociologique, il n’est pas question d’aller plus loin.

Les partis ou mouvements politiques jouissent… d’une exception démocratique 

En démocratie, il n’y a pas de problème à ce que la communication politique devienne parfois publique. Cependant, des interrogations peuvent demeurer quand c’est le contraire qui se produit. Pourquoi ? La communication publique, traditionnellement « réservée » à l’administration publique et par conséquent à l’Etat doit rendre compte. Les budgets, le personnel employé et les frais induits de certaines prestations, sont supportés par l’argent public. Cet argent n’a aucunement à servir l’intérêt d’une petite cause, d’un petit cercle invisible. Il appartient aux contribuables considérés dans ce cas de figure comme des individus qui ont en commun la République. Les couleurs politiques par lesquelles ils s’expriment, ont en l’état, une importance moindre pour ne pas dire nulle.

Les partis ou mouvements politiques jouissent là d’une exception démocratique ou pour être un peu provocateur républicaine. Leur budget de communication, en dehors des compétitions électorales n’intéresse pas grand monde. Ils n’ont de compte à rendre qu’à eux-mêmes. Un peu à l’image d’une entreprise qui aurait un budget de communication phénoménal et qui le dépenserait à sa guise. Il faut néanmoins tempérer cette comparaison qui peut tout à fait être discutable.

En effet, le nouveau défi de la communication publique est de rester le plus longtemps possible publique. C’est-à-dire, sur aucun canal d’un service ou plus largement d’une administration publique, ne doivent figurer ni texte, ni image, ni son, ni vidéo qui reprendraient un déplacement ou toute autre action ayant vocation à soutenir ou faire soutenir un président candidat. Il pourrait en être de même pour des actions d’influence passant par d’autres canaux et faisant appel à d’autres intermédiaires souvent rémunérés comme dans le cas d’un achat d’espace. D’où l’importance de la transparence et de l’audit des dépenses de communication.

En Guinée comme en France, cette problématique est une réalité probablement méconnue et relève des fois d’un tabou ou d’un secret de polichinelle. Si en France les choses sont moins dramatiques, en Guinée tout semble à refaire.

Le 15 novembre 2010. Ce jour-là, la Guinée connut l’élection de son « premier Président démocratiquement élu ». Une nouvelle ère s’ouvre alors pour le pays et aussi pour la communication publique et politique. Le début d’une professionnalisation rêvée se transforme d’abord en bazar et remonte ensuite le perron du professionnalisme en zigzagant. Cet article en raconte la naissance et le prolongement. Il constate et analyse de manière rétrospective l’état de mort cérébrale de ces deux métiers de la communication.

Election d’Alpha Condé en 2010/REUTERS/Joe Penney 

L’élection présidentielle de 2010 a montré la faiblesse des principaux partis politiques guinéens à mener une campagne structurée du point de vue de la communication. Elle a néanmoins prouvé l’incontestable capacité de mobilisation de ces partis, dans leurs différents fiefs, en l’occurrence l’Ufdg (Union des Forces démocratiques de Guinée) et le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée).

La communication est pratiquée avec un grand renfort de devinettes et une absence de planification stratégique

Cependant, et c’est là toute la nuance, la stratégie de mobilisation lors d’un scrutin présidentiel ne devrait pas se cantonner aux seuls bastions électoraux. Cela renvoie une image de candidat d’une région ou encore d’une ethnie. Dans la presse internationale, c’est très exactement ce type de rapprochement purement ethnique qui était fait. Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré et Alpha Condé, décrits respectivement comme candidats des peulhs, des sousous et des malinkés. Cela cache in fine, tous les efforts que peuvent déployer les quartiers généraux, dans les faits, dépourvus de réelles stratégies et de visions.

Entre le premier et le second tour de la présidentielle, un constat général se dégageait : aucune structuration des prises de parole dans les médias, aucune cohérence dans la gestion de l’image. Pour ne pas entrer dans l’intimité de ces campagnes, ces seuls éléments suffisent à comprendre le manque de coordination imputable à ces trois grandes forces politiques du pays. Dans les états-majors, la communication est pratiquée avec un grand renfort de devinettes et une absence de planification stratégique.

Entre 2010 et 2013 (l’année de la tenue des élections législatives), jusqu’en 2020, ces partis ont semblé apprendre de leurs erreurs. En 2015 par exemple, s’est déroulée la première élection présidentielle [véritablement] professionnelle du pays. Il y a eu une certaine maîtrise de l’image, une cohérence dans les différents plans de communication, un affrontement médiatique calibré — d’une rare beauté — qui connaîtra son épilogue. Les messages étaient pensés en amont des campagnes et le discours médiatique plus ou moins contrôlé.

Deux partis politiques se distinguent alors : l’Ufdg et le RPG. Ils se défient sur tous les terrains de la communication. Ils ripostent aux différentes attaques avec une certaine élégance. Ils font venir des porte-paroles, deux filles, l’une de la France et l’autre du Canada. Le niveau du débat est grand et les intelligences s’affrontent. Pour une première fois dans le pays, les idées et les programmes de gouvernance sont mis en avant. Face au marché électoral, les stratégies de marketing politiques étaient légion. Ce fut une tout autre atmosphère. Là, ces partis politiques ont su donner de l’émotion malgré tous les couacs constatés des deux côtés. Le RPG et l’Ufdg ont recruté des cabinets de communication internationaux. Ces derniers les ont accompagnés tout au long de la campagne présidentielle.

Cellou Dalein Diallo, leader de l’opposition guinéenne/GETTY IMAGES 

Entre 2015 et 2020, beaucoup de changements sont opérés dans les différents partis politiques, la communication prenant une place de choix. Par contre, la présidentielle de 2020 était moins riche. La communication opère un grand virage et s’adapte aux réseaux sociaux, véritables amplificateurs de messages. Les stratégies de communication de 2015 ont été répliquées en 2020 avec de légers changements de fond. La campagne se déroule aussi de la même manière. Seules les affiches publicitaires avec une déclinaison de messages ont connu un effet d’innovation. Mais à nuancer.

Par ailleurs, les partis politiques, fondamentalement le Rpg-arc-en-ciel (coalition de partis politiques autour du RPG) et l’Ufdg ont cristallisé le débat politique en créant un problème de civisme politique. A partir de l’année 2011, période de développement des émissions radios dites interactives, les jeunes des partis politiques ont commencé à prendre la parole. Ils téléphonaient via le pré-paiement mobile rechargeable, souvent aux frais des partis politiques, dans les radios comme Familia FM et Planète FM. Au fil des années, à mesure que leurs prises de parole devenaient fréquentes, ils se sont fait appeler ‘communicants’, ‘communicant politique’. Alors que c’étaient de simples animateurs de la vie politique, ils sont parvenus à conserver cette appellation qui, en réalité est une usurpation de qualité et de titre. Par défiance de l’avenir, certains de ces jeunes ont fait de cette pratique une profession. Un griotisme politique devenu une farce, apparaît favorable aux partis politiques dont la seule volonté est de rester dans le top of mind de l’opinion publique.

Ce qu’on appelle coup de foudre est donc vrai pour toutes les passions, même pour la bêtise

La communication politique prend ainsi une nouvelle tournure dans le pays, celle des injures, des invectives, des attaques gratuites et de la dépravation. Cela n’a pas été canalisé par les partis politiques. Ces jeunes gens bénéficieront d’une grande notoriété et déplaceront leur concours d’insultes sur les réseaux sociaux. Tenant chacun une page Facebook et devenant ce qu’il conviendrait d’appeler des ‘influenceurs’, ils conservent le substantif ‘communicant’.

En ayant de grosses communautés et en faisant de milliers de vues sur leur live Facebook, ces bloggeurs et influenceurs deviennent une arme politique que chaque parti affûte désormais contre son concurrent. Cela ne va pas durer, parce que les défections partiront dans tous les sens. Ceux qui étaient hier adversaires se retrouvent ensemble, dans la même famille politique, soit à l’Ufdg ou au Rpg-arc-en-ciel. La tendance était surtout favorable au second. Ces jeunes font dès lors une rencontre qui aura l’importance d’une aventure. Ce qu’on appelle coup de foudre est donc vrai pour toutes les passions, même pour la bêtise.

A travers ces influenceurs/bloggeurs, les partis politiques construisent leur image (cela a le mérite d’une théorisation universitaire). Ce qui déchaînera toutes les passions et fera de la communication politique un métier en état de mort cérébrale. En effet, on parle d’eux dans les estaminets comme on parlerait de personnalités ou encore de célébrités. Une notoriété bâtie sur du sable mouvent, tant ils ont réussi à faire des réseaux sociaux un lieu défouloir, de non droit, un espace assommant à l’image d’un tapage des guinguettes tout en se moquant du qu’en dira-t-on !

Cette situation engendre un phénomène éducatif, social et professionnel défavorable. Les personnes ayant fait de la communication leur métier, puisque l’ayant appris et pratiquée, se retrouvent entretenus dans l’invisibilité. Etant donné que dans l’opinion publique, un communicant c’est l’influenceur, le bloggeur affilié à un parti politique, les professionnels de la communication se verront tenus de prendre la parole. Ce sera la course à la notoriété et un fin désir de popularité. Pourtant, dans les écoles de communication, on enseigne aux étudiants la nécessité de rester dans l’ombre et de moins se mettre en scène. Or aujourd’hui, partout, le constat est alarmant.

En matière de communication publique, les choses sont moins reluisantes, même s’il faut encourager les initiatives isolées, qui pourraient avoir un effet accélérateur d’une transformation véritable de la pratique de ce métier en Guinée.

Entre 2010 et 2015, les départements ministériels et les établissements publics n’arrivaient pas [et n’arrivent toujours pas d’ailleurs] à se construire une bonne stratégie de communication et à rendre l’action gouvernementale plus visible. Dans un contexte de réélection, le Président Alpha Condé voulait absolument que les guinéens soient mis au courant des réformes engagées par son gouvernement. C’est pourquoi en janvier 2015, dans une perspective de dépoussiérer la communication du gouvernement et de décharger le bureau de presse de la Présidence de la République, la Cellule de Communication du gouvernement est créée et dotée d’un budget avoisinant les 2 milliards de francs guinéens. Sous la tutelle du porte-parole du gouvernement et installée à la primature, la Cellule de communication va travailler à harmoniser la communication d’une quarantaine de départements ministériels et d’établissements publics. Investie d’une mission de service public, elle servira peu à peu à la majorité présidentielle.

La Cellule de communication du gouvernement devient… la vitrine de la communication publique en Guinée

Si certains ministères ont longtemps joué le jeu de la Cellule de communication du gouvernement, en acceptant que les membres de cette dernière soient parmi les administrateurs des pages Facebook ou des comptes Twitter officiels, certains établissements publics n’ont pas toujours été coopératifs. Lesquels ont somme toute estimé cela comme une immixtion de trop. Mais pour calmer les nerfs, la Cellule de Communication passe souvent des coups de fils aux Ministres pour qu’instructions soient données aux chefs service communication et relations publiques. Cela pose le problème de positionnement de cette Cellule de communication dont le rôle est trop étendu.

N’en demeure, la Cellule de Communication du gouvernement a joué un rôle très significatif dans la montée en compétence des chefs service communication et relations publiques, perçus comme des relais et dont le champ d’action reste milité. Elle a réussi à donner une certaine visibilité à l’action gouvernementale tant à l’échelle nationale que continentale. Un certain relativisme exige quand même de rappeler que la portée de cette visibilité n’a pas toujours été un succès. Dans la mesure où il existe de véritable disparité, selon que l’on soit à Conakry ou à l’intérieur du pays. Aussi, selon que l’on soit abonné et lecteur de Jeune Afrique ou pas, parce que média sponsor du gouvernement. D’où la question du choix des cibles qui n’a que rarement été pensé.

La Cellule de communication du gouvernement devient par le temps qui passe, la vitrine de la communication publique en Guinée, masquant les énormes tares des communications faites par les départements ministériels.

Rares sont les ministères dotés d’une stratégie de communication véritable et ayant une vision à long terme. Cela se ressent très nettement au travers d’un simple détour sur les canaux de communication de ces derniers. La communication publique consiste ainsi à publier des rafales de photos sur les réseaux sociaux, des comptes-rendus d’humeur, à construire des sites Internet non sécurisés, non mis à jour et non ergonomiques. On se retrouve à cet instant face aux mêmes reproches adressés aux partis politiques en 2010. Ceux qui consistent à sortir des devinettes de couloir et des humeurs pour élaborer, en intelligence collective, des projections stratégiques qui vaillent.

Si la communication publique souffre d’un certain amateurisme, il faut saluer des efforts de titans fournis par quelques ministères dont celui des Travaux publics et de l’Enseignement supérieur, mais aussi, de quelques établissements publics comme l’Agence de promotion des Investissements publics et privés.

L’administration ne recrute donc pas des professionnels qui existent pourtant dans le pays mais se plaît au copinage

Les services de communication des départements ministériels sont les parents pauvres en matière de budget de fonctionnement, à la seule exception des ministères du Budget, de l’Economie et des Finances. A cela s’ajoute une défaillance dans la chaîne de recrutement ou de nomination des personnes censées conduire la communication de ces départements. C’est de là que viendrait [en partie] le mal.

En Guinée, il existe depuis 2005 un institut d’enseignement supérieur dédié à la communication notamment. L’Institut supérieur de l’information et de la Communication a formé plusieurs promotions de communicants et a récemment ouvert un Master spécialisé en communication politique et publique. L’administration ne recrute donc pas des professionnels qui existent pourtant dans le pays mais se plaît au copinage et à la promotion de la médiocrité.

Au-delà de ce défi de recrutement et de vision stratégique, la communication publique est aussi celle du mimétisme. Se compromettant dans le copier/coller et faisant montre d’un défaut de créativité, le gouvernement guinéen aurait gagné à sortir des logiques confondantes. La nomination de journalistes aux postes de communication ne peut produire que le résultat qu’on connaît actuellement. L’homme qu’il faut à la place qu’il faut, dit-on.

Décidément, les habitudes ont la vie dure. Depuis le 5 septembre, date du premier coup d’Etat enregistré en Guinée jusqu’au moment où paraît cet article, les efforts de changement sont appréciables. Mais qu’est-ce qui a véritablement changé ? En matière de communication publique, une « directive » de la présidence met en concurrence les différents départements ministériels. Cette pression engage les ministres à être partout et nulle part en même temps. C’est en tout cas ce que montre leur communication. Il n’y a toujours pas de vision ni de stratégie. Trois exemples démontrent cette observation.

D’abord, les bloggeurs/influenceurs qui faisaient du griotisme sur les réseaux sociaux pour les ministres du temps d’Alpha Condé sont de retour. Ils ont la primeur de l’information publique, les images des déplacements des ministres et tout le reste. Les services communication et relations publiques perdent de l’influence. Leur travail est sous-traité.

Ensuite, certains ministères font des vidéos pour illustrer les bilans de cinq mois de gestion. Ces vidéos ne tiennent hélas pas compte de leur identité visuelle. Ce qui laisse à penser un faible apport des services communication et relations publiques. Il y a aussi des images incontrôlées circulant çà et là sur Internet, des attitudes infantilisant de certains secrétaires généraux prenant tous les matins des selfies et photographiant même les réunions restreintes pour en publier sur les réseaux sociaux. Le cadre de vie privée, vie professionnelle n’est peut-être pas totalement clair pour certains cadres.

La création d’une direction de l’information et de la communication à la Présidence de la République n’est pas justifiée 

Enfin, la maîtrise de l’image du Président de la transition, la création d’une direction de l’information et de la communication à la Présidence de la République, en remplacement du bureau de presse et la nomination d’un porte-parole.

A chaque apparition du Président, même lorsqu’il invite des diplomates accrédités dans le pays, un seul constat saute aux yeux : une armée de militaires encagoulés brandissant des armes de guerre. Cela renvoie un seul message : une situation tendue et une méfiance très grande. En conséquence, nous avons un Président qui redoute quelque chose. Sans rentrer dans les détails de toutes les apparitions publiques ou encore des prises de parole, ce seul fait en illustre parfaitement les autres.

La création d’une direction de l’information et de la communication à la Présidence de la République n’est pas justifiée. Un service et des pôles auraient largement suffit. Depuis la nomination d’un journaliste à la tête de cette direction, tout le travail qui est fait reste purement de l’information et c’est tout à son honneur. Au lieu d’un véritable directeur dont la fonction est avant tout de manager et penser la stratégie, la Présidence a nommé une personne qui cherche à apparaître sur toutes les photos et devenant à l’arrivée un maître de cérémonie. Les contenus publiés sur les réseaux sociaux, notamment les vidéos changent de formats tous les mois et c’est toute la communication. Une incohérence d’autant plus flagrante que rien n’échappe à la Présidence de la République : communication du CNRD (Conseil national de la Transition), communication du ministère de la Défense. Partout il est question de militaire, la Présidence est présente et en assure le relais.

Poursuivant, la vidéo d’Alpha Condé sortant de la Guinée pour aller se faire soigner illustre une certaine mystification. La vidéo en question, ne devrait ni être diffusée, encore moins relayée par la Présidence, ce n’est pas son rôle. D’ailleurs, elle a suscité très rapidement de la sympathie envers Alpha Condé, qui apparaît comme un homme trahi par son entourage. La diffusion de ce contenu a indéniablement produit le contraire de l’effet recherché, c’est-à-dire, la sympathie des internautes.

Dans la deuxième quinzaine du mois de décembre 2021, la charte graphique de la Présidence change et prend des allures américaines, donnant l’impression d’un Département d’Etat en miniature. Début janvier 2022, la même charte graphique changera et prendra le ton du traditionnel univers de marque de la Présidence et du sceau de la République. Si cela ne choque pas les non spécialistes, les communicants eux, sont en droit de se demander quel territoire de marque veut la Présidence de la République et pourquoi faire ? Cette manie de tout calquer donne l’impression d’une incapacité à penser la communication dans sa globalité.

Quelques partis politiques de l’opposition accumulent des bourdes avec des sorties médiatiques incontrôlées

Pour ce qui est du porte-parole de la Présidence de la République, si cette nomination n’est pas fondée, il faut dire que le porte-parolat passe très mal. A chaque fois que le porte-parole intervient sur un déplacement du Président, on voit le Président juste à côté avec un air perdu, parfois regardant ailleurs ou écoutant sagement. Entre le porte-parole qui s’exprime et le Président qui écoute, l’effet de pouvoir est complètement orienté vers le porte-parole. Car il donne l’image de celui qui maîtrise et contrôle les choses et le Président devient un exécutant passif. Du point de vue de l’image, ce type d’apparition est à corriger.

Le colonel Amara Camara (en béret vert, au centre) et d’autres hauts responsables du pouvoir de transition, dont le colonel Mamadi Doumbouya (à droite de l’image en béret rouge avec lunettes de soleil). © Présidence de la République 

De manière général, la communication publique et la communication politique sont deux métiers dont la pratique mérite un professionnalisme sérieux. Il en va de l’image du pays à l’international.

Depuis le 5 septembre, au sujet des partis politiques, leur communication politique est très disparate. Quelques partis de l’opposition accumulent des bourdes avec des sorties médiatiques incontrôlées quand le Rpg-arc-en-ciel fait un travail remarquable autour de l’image d’Alpha Condé. Une vidéo de grande qualité, diffusée en direct le 9 février, sur le compte officiel du Rpg-arc-en-ciel montre un Alpha Condé travailleur, patriote et africaniste.

La Guinée doit urgemment faire l’effort de renouer avec la compétence et de mettre au cœur de l’action publique et de la vie politique le mérite en lieu et place de la médiocrité enjolivée. La communication quelle qu’elle soit reste et demeure un métier. Inutile donc de dire qu’elle s’apprend. La communication politique et publique sont de beaux métiers, il serait appréciable de les éviter les brimades qui les sont actuellement infligées en Guinée. OUI ! La communication s’apprend et s’incarne.

Kossa Camara, spécialiste en communication stratégique et intelligence économique