Peuple connivent, avenir assombri, médias et la république des petits copains, la Guinée de tous les désespoirs

Peuple connivent, avenir assombri, médias et la république des petits copains, la Guinée de tous les désespoirs

En Guinée, on est ignorant, mais on pense qu’on connaît tout, on est en retard, mais on pense qu’on avance, on est nostalgique de Sékou Touré mais on oublie que les temps ont changé, on est suffisant alors que nos connaissances sont vermoulues, on est exigeant tant qu’un de nos parents n’est pas dans le gouvernement, on veut un renouvellement de la classe politique mais cela ne concerne que trois personnes alors qu’on a applaudi des mains et des pieds Alpha Condé — plus de 80 ans — et continue encore à le soutenir, on est ethno mais on ne s’assume pas.

Les Guinéens, dès qu’ils viennent étudier en Europe, pensent qu’ils sont le centre du monde et connaissent plus que tout le monde ; dès qu’on les nomme, ils refusent de se soumettre et considèrent ceux qui sont restés en Guinée comme des incompétents ; ils cherchent à apparaître et à démontrer une certaine connaissance même quand ils savent qu’ils n’ont d’expérience que de nom mais tout le monde les applaudit et personne n’élève la voix. Ces gens sont armés de théories bavardes et leurs expériences professionnelles sont inversement proportionnelles à ce qu’ils prétendent être.

Les hommes politiques guinéens sont les symboles de nos souffrances et du retard de notre pays. Le CNRD nourrit en effet l’ambition d’écarter des hommes politiques influents pour des raisons purement ethniques et générationnelles, en oubliant que les secrets du Palais Mohamed V se discutent dans les clubs de lobbyistes en France.

Nous, la jeunesse, nous nous complaisons dans la diversion et la fainéantise. Tout le monde est expert et personne ne se remet en cause. Finalement, les gens luttent non pas pour l’intérêt général mais uniquement pour se mettre à l’abri du besoin, eux et leur entourage. L’indignation sélective lorsque des leaders d’opinion deviennent insolents est insupportable. Soyons vigilants et mesurés quand on sait que la portée de nos propos infuse dans la société et traduit des attitudes immorales.

La course à la visibilité est devenue infernale à tel point que tout le monde crée des pages pour publier des conneries. Les comptes ne suffisent plus. Que la jeune fille de Siguiri finisse au champ et abandonne l’école, que la maman de Dalaba soit obligée de faire des kilomètres pour accoucher ; que les chinois prennent en otage le pays par le biais des mines ; que les gens se voient obligés de mourir dans la Méditerranée par désespoir et par peur de finir comme leurs parents : pauvres, tout le monde s’en fout en réalité. Nous nous contentons de soutiens circonstanciels mais très circonstanciels !

Le monde change, nos voisins progressent et leur jeunesse étudie dans les prestigieuses universités du monde et rentre après leur diplomation parce que soutenue par un Etat fort ; que nos médias soient pourris et connivents, rien ne nous inquiète. Passer quelque temps à rigoler sur Facebook et à mater des formes généreuses sur Tiktok, c’est en définitive ce à quoi nous sommes réduits. Aucun débat sur notre avenir, celui de notre pays pris en otage et ô combien riche, celui de nos rejetons que nous féconderons prochainement.

Aucun débat de fond sur celui de tous ces politicards qui persuadent les militaires de mener le jeu alors qu’ils perdent la main. Aucun débat démocratique sur des chefs de partis politiques en mal de conviction, transhumant d’un parti à l’autre, ne supportant guère un effort intellectuel et qui font souvent montre d’une incompétence qui inspire le respect !

Aucun débat sur ceux qui ont participé, dans l’ombre d’Alpha Condé et de Kassory Fofana, à la planification de ce qui est la cause de la grave crise sociopolitique que notre pays traverse actuellement. Enfin aucun débat sur ces chroniqueurs de médias qui fayotent avec le CNRD, entretenus au demeurant par des affects, des préjugés et des intuitions irréelles. Or les chroniqueurs tout comme les journalistes n’ont pas vocation à donner un avis qui prendrait des allures de vérité, mais aident les citoyens à mieux comprendre le monde et l’actualité qui nous dépasse d’une part et à être en capacité de se forger leurs propres convictions et se confronter à la réalité d’autre part.

Messieurs, dames, vous n’aimez pas les crudités du vrai, et pourtant… Réveillons-nous !

Kossa CAMARA

Plume et Consultant en Communication

Gouvernés par Facebook : Improvisation gouvernementale et perte de repère, quand les guinéens deviennent des machines à clics (Par Kossa CAMARA)

Gouvernés par Facebook : Improvisation gouvernementale et perte de repère, quand les guinéens deviennent des machines à clics (Par Kossa CAMARA)

Février 2022. Les fonctionnaires guinéens et les habitants de Conakry découvrent médusés, une affiche publicitaire à la rentrée de Kaloum. A gauche de l’affiche avec une taille plus grande, apparaît Mamadi Doumbouya. A droit, on voit Dansa Kourouma, d’un air sage et tout vêtu de léppi. Au milieu, ce message : « Le CNT installé. S.E Colonel Doumbouya. Homme de parole ». Au-dessus de ce message, deux logos. Celui de l’OGP (Office guinéen de publicité) et du Cnrd. Le format du panneau publicitaire, probablement 22m² italien : 750 x 320 cm, n’a pas laissé les gens insensibles. 

Très vite, la propagande est mise en cause sur les réseaux sociaux et le niveau de viralité va contraindre l’auteur de l’affiche à la retirer. On soupçonne alors un certain Mandian Sidibé, ex-journaliste à la moralité douteuse, d’être à la manœuvre. Cette décision de retrait viendrait d’ailleurs du Cnrd qui voulait faire bonne presse aux yeux de l’opinion publique. Dès lors, les internautes guinéens ont compris qu’ils ont un véritable moyen de pression. Il suffit désormais d’un clic et d’une viralité pour faire plier le gouvernement. C’est très exactement ce qui se produit en Guinée depuis février 2022.

Le gouvernement de transition sous influence ? Analyse de comment les réseaux sociaux deviennent des chantres de fabrique de la décision publique.

Leurs actions très souvent qualifiées de populisme, leurs initiatives aventureuses et leurs décisions d’illégitime ou parfois d’incompréhensible, le gouvernement de transition et le Cnrd essuient des critiques tous azimuts. Preuve que la liberté d’expression est quelque part une avancée dont on peut se féliciter en Guinée, fruit des années de lutte sociale et politique, bien que – des signaux faibles commencent à germer-. Les militaires ont le mérite de laisser dire et c’est très appréciable. Cependant, leur manière de procéder laisse présager une gouvernance de l’émotion, bâtie sur les tendances Facebook et Twitter et non sur une stratégie réelle. La science de l’Etat n’est pas encore dans leur vocabulaire, non pas au sens de la sémantique mais de la fabrique de la décision publique. Ils se cherchent et on leur offre l’effet placebo.

Le gouvernement et le défaut d’anticipation

Le mercredi 13 juillet 2022. Le conseil des ministres est interrompu et les ministres priés d’aller curer des caniveaux et d’assainir la ville de Conakry. Une liste a été partagée à la presse où on constate que tous les ministres ont été répartis dans les cinq communes de la capitale. Cette décision brusque et clairement populiste a été prise suite à de nombres posts Facebook montrant des artères de Conakry jonchées d’ordures. Une capitale devenue un dépotoir à ciel ouvert. En marge de la fête de Tabaski, une initiative consistant à se faire photographier devant un amas d’ordures a fait tendance. L’initiative est abondamment relayée sur les réseaux sociaux ; comme à son habitude, le Cnrd décide d’entendre les critiques. Une vraie mise en scène digne d’un film de Nollywood débute. On aperçoit Mamadi Doumbouya à Kassa, pelle à la main, en train de se battre contre les ordures. Autour de lui, une armée de militaires l’entoure, comme des figurants dans un sketch. Si le message est noble, l’action est discutable.

Un gouvernement ne se lève pas de son hibernation pour agir. Il commandite un rapport pour comprendre les problèmes ou met en place une commission mixte chargée de lui faire des propositions concrètes. C’est en fonction de ces remontées qu’il va asseoir sa décision. Un peu comme cela se passe dans tous les pays normaux. L’assainissement est un maillon. Il faut impliquer les professionnels et les acteurs de la propreté. Il faut également mobiliser les ressources et sensibiliser les populations à la nécessité de veiller à l’environnement, gage d’une santé durable. En effet, il est inélégant d’interrompre un Conseil des ministres pour donner à voir à la population au lieu de penser une stratégie à long terme. Le gouvernement ne résout pas les problèmes, il fait de l’image et disparaît. A vouloir toujours se faire entendre et avoir l’adhésion de l’opinion publique, on gouvernera dans le très court-termisme sans résultat durable.

Les exemples sont légion. Les réseaux sociaux sont devenus le chantre de fabrique de la décision publique. C’est à se demander si les guinéens vivent dans une métavers au point de les gouverner sur la base des humeurs et des états d’âmes des décideurs d’une part et des métriques Facebook d’autre part.

Quand le virtuel s’impose dans le réel, la Guinée dans un « #métavers »

Les réseaux sociaux sont souvent un faux miroir moins digne de confiance. La manipulation du nombre d’abonnés, des faux likes et commentaires, des trolls en somme, n’est pas une spécificité russe. En Guinée, le parti RPG AEC est une école du point de vue de la manipulation des masses. Il a bien souvent expérimenté ce système de trolls lors d’échéances électorales comme en 2020. C’est donc une pratique ancrée et il serait sage d’en tenir compte. Le RPG n’est pas seul. L’Ufdg, dont le leader Cellou Dalein apparaît avec des « influenceurs », n’est pas en reste. Beaucoup de ministres du gouvernement ont des jeunes à leur actif promptes à les défendre et à diffuser des messages favorables même si ce n’est pas toujours très reluisant. La nomination récente du directeur de la SEG est un cas d’école. Dès que l’ancien directeur, dans les filets de la Crief, a été démis de ses fonctions, l’actuel directeur a mobilisé une communauté de soutiens autour de sa candidature. Très vite, des posts de témoignages accompagnés de sa photo en soutien de sa candidature ont été massivement relayés sur le réseau social Facebook. Le Cnrd n’a pas eu le choix. C’est lui qui sera nommé sans aucune surprise. C’est le cas de quelques secrétaires généraux ou encore de certains ministres actuellement en poste.

Or, si certains hauts fonctionnaires de l’Etat sont compétents, au regard de leur parcours universitaire et professionnel en l’occurrence, une grande majorité ne l’est pas. Cette dernière sous-traite son intelligence aux jeunes talents volontairement invisibilisés et qui reçoivent des miettes tous les mois. Le travail censé être accompli est également le fait d’autres personnes. Finalement, la chaîne de décision et de l’action est si longue et complexe que notre administration ne fait pas notre fierté. Le virtuel a pris le dessus sur le réel. Toutefois, il est plus qu’urgent de se passer des réseaux sociaux dans les processus de nomination des cadres et hauts cadres de l’Etat et de primer la compétence et seulement la compétence. Auquel cas, le risque serait de recruter un profil Facebook poussé par les algorithmes et laisser sur la baie les méritants. Car décider sur le seul critère des tendances social media est un cadeau fait à la facilité et aux raccourcis. C’est d’ailleurs le terreau du populisme. 

Les pratiques vexatoires des réseaux sociaux et leur influence dans l’espace public

Mamadi Doumbouya quoiqu’on n’en dise est à l’écoute. C’est par ailleurs ce qui le différencie de Moussa Dadis Camara, en son temps agité, surexcité et chauffé à blanc, prêt à bondir sur tous les sujets et à faire le show. Il faudrait que l’homme fort de Conakry oriente sa qualité d’écoute vers les intellectuels et les penseurs. La Guinée a plus que jamais besoin que ses bonnes élites soient entendues et mises à contribution. Pour cela, il faudrait créer un cadre et sortir des petits calculs.

Les réseaux sociaux ne doivent en aucune manière servir de tremplin pour occuper des postes de responsabilité dans les secteurs publics et mixtes. S’en accommoder alors qu’ils sont quelque part une hérésie des temps modernes n’est pas conseillé.

Sur les réseaux sociaux, il y a de tout. Le côté sombre de ces derniers est peu débattu. N’importe qui peut créer un ou plusieurs profils et y diffuser abondement de messages. L’enjeu est de pouvoir déterminer la sincérité des messages et surtout de savoir si des intérêts étrangers ne sont pas mis à contribution pour influencer les décideurs publics. Il est connu que les puissances étrangères et même les grandes entreprises s’adonnent à ce type de pratiques. En occident, cela intervient habituellement à l’approche des élections présidentielles. En Afrique et précisément en Centrafrique et au Mali, des puissances étrangères ont participé à polluer le débat public et à orienter les sujets de discussions selon les intérêts qu’elles défendent. C’est le cas de la « guerre informationnelle » entre l’armée française et la Russie en 2020.

Les trolls agissent partout et la Guinée est jusque-là un espace poreux à l’influence. Les citoyens sont peu éduqués et sensibilisés sur la fabrication du consentement, les fakes news et la manipulation de l’information au bénéfice de tiers inconnus. La conflictualité dans l’espace informationnel n’est plus une pratique propre aux seuls initiés. N’importe qui, moyennant une connexion Internet et un ordinateur, peut en être un acteur majeur. Le gouvernement a donc tout à gagner à se concentrer sur une stratégie réelle de gouvernement et de refondation de l’Etat.

Le gouvernement à l’épreuve des tribunaux populaires

Le monde a changé. Les jeunes guinéens ont soif de plus de liberté et d’espace où ils vont débattre de l’avenir de leur pays, des endroits soigneusement conçus et pensés pour la dialectique et le contradictoire. En l’absence desquels, le débat risque de se transporter sur les réseaux sociaux où chacun se donne à cœur joie dans le jugement, la condamnation et l’interpellation du gouvernement. D’ailleurs, il apparaît de plus en plus une espèce de bulle d’influence. C’est-à-dire, des profils qui se connaissent, se soutiennent et qui forment une communauté d’intérêt. Ces bulles, anciennement du défunt régime de Condé, se sont transformées en tribunaux pour juger et condamner le gouvernement devant leur prétoire.

Kossa Camara, Consultant en Communication 

Seulement, un intérêt mercantile se cache derrière ces rageux. Leurs pages sont monétisées. Ils se voient, selon la direction du vent, critiquer dans le plus grand aveuglement tout ce qui est bien ou mauvais, tout ce qui les échappe et qu’ils ne comprennent pas, pourvu que la fréquentation de leurs pages s’accroisse et le nombre de vues sous leur live grimpe. Une nette distinction est donc à opérer et c’est une preuve parmi tant d’autres qu’il est déconseillé de faire des réseaux sociaux le fondement des nominations et par lesquels viendrait l’orientation de la politique gouvernementale. Le faire est du ressort de l’amateurisme et on n’en a pas besoin en Guinée.

La dictature des nouvelles tendances : le commerce de la nouveauté

La dictature des nouvelles tendances : le commerce de la nouveauté

La communication devrait-elle continuer à subir le diktat des nouvelles tendances à l’ère du numérique ou va-t-elle résister en embrassant bien sûr la modernité tout en gardant sa singularité ?

Kossa Camara, communicant, membre de COM-ENT.

« Nous sommes en janvier 2022. L’occasion de présenter les nouvelles tendances de l’année qui vont bouleverser les pratiques du marketing et de la communication ». Voilà une phrase à laquelle il faudra très certainement s’attendre en début d’année prochaine. 

Chaque année, communicants, marketeurs ou chargés de veille concurrentielle voient apparaître sur les Dashbord de leur outil de veille, des articles de revues ou de blogs évoquant des grandes tendances à suivre. Ces informations sont alors partagées aux équipes sous forme de Newsletter ou d’alerte. C’est à croire que l’arrivée d’un nouvel an est toujours synonyme de nouveauté et donc d’innovation. On confond même innovation incrémentale et innovation de rupture. Mais passons. En effet, la nouveauté dont on parle n’en est rien en réalité. Il s’agit somme toute d’un phénomène qui tend à s’ériger en norme. 

Au-delà de simples pratiques marketing, ce qu’on appelle « nouvelles tendances » est maintenant présent dans tous les secteurs d’activité, à quelques exceptions près. Cap sur ces phénomènes dits de tendances qui influencent les pratiques de travail et qui menacent le professionnalisme, notamment les métiers de l’information et de la communication. 

æLes gens pensent que tous les ans on a des tendances. Mais non, ça, c’est la mode.

Suivre les tendances de son secteur d’activité est normal. Il faut être à l’affut de l’actualité pour comprendre les dynamiques en cours et les évolutions à venir. C’est une des meilleures manières de s’adapter ou d’être résilient. D’où l’importance de la veille dans tous les métiers, des plus simplistes aux plus complexes. Toutefois, lorsque tous les semestres de l’année, on voit de nouvelles tendances qui émergent, invitant les professionnels de la communication, du marketing ou même de l’information à s’adapter, c’est là tout le débat. 

La question qu’il convient de se poser face à ce phénomène grandissant, est de savoir, qui décide que telle pratique est une nouvelle tendance ? Comment détermine-t-on ce qu’est une nouvelle tendance ? Pourquoi avons-nous droit à une liste de nouvelles tendances décidée de manière subjective et aléatoire ? 

Autant d’interrogations qui méritent une prise de recul nécessaire de la part de tous les praticiens de la communication et du marketing. Car nous sommes arrivés à un stade où ce qu’on appelle nouvelle tendance a influencé subtilement l’évolution des métiers de l’information et de la communication. 

Il est venu le moment où la rigueur, la science cèdent le pas à la facilité et au mouvement de quelques personnes sur les réseaux sociaux. 

D’ailleurs, Mercedes Erra, la présidente et co-fondatrice de BETC, une des premières agences de publicité en Europe, confiait dans une master classe Convaincre et porter ses idées les propos suivants : « Les gens pensent que tous les ans on a des tendances. Mais non, ça, c’est la mode. C’est parce que les créateurs disent c’est rouge cette année, ils font ce qu’ils veulent en fait. C’est ça la tendance, ce qu’ils veulent. Nous, ce n’est pas ça, c’est ce que les êtres humains ont au fond d’eux-mêmes. Et donc, ça ne bouge pas du jour au lendemain, tout ça va très lentement » [1].

Du fait d’avoir accepté cette idée de nouvelle tendance, nous en sommes arrivés à devoir se justifier face à des polémiques qui enflent de plus en plus. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans les rédactions de grands médias ou d’observer les couvertures des manifestations organisées dans les grandes métropoles. 

Les médias ne sont pas des réseaux sociaux

Thomas Sotto, journaliste et animateur du JT de France 2, a fait part de sa crainte dans un entretien au Point, de l’influence des réseaux sociaux sur la ligne éditoriale des médias. Il affirme que les réseaux sociaux font beaucoup de mal aux métiers de journalisme, car pour lui, « on leur donne une importance disproportionnée. Il y a une phrase que je ne supporte plus d’entendre dans les rédactions, c’est ‘ça monte sur les réseaux sociaux’ ». Plus loin, il confie que « Les médias ne sont pas des réseaux sociaux. 

Aujourd’hui, le métier de journaliste est en danger. Il faut choisir son camp : l’information ou le buzz, l’offre ou la demande » [2]

L’actualité lui donne raison. L’on se souvient de la démission de Xavier Gorce, alors dessinateur depuis 18 ans pour Le Monde. Une démission causée par un article intitulé à nos lecteurs [3], signé par la directrice de la rédaction du quotidien du soir, Caroline Monnot. Cet article fait suite à une polémique alimentée par quelques personnes sur le réseau social Twitter à la suite de la publication d’un dessin de Gorce, « Repères familiaux » [4]

Toujours dans le domaine du journalisme. On voit apparaitre une autre pratique, poussée par les mêmes nouvelles tendances. Lorsqu’on a un téléphone avec une bonne résolution et un stabilisateur, on peut devenir journaliste. Observons pour cela les pages qui font des directs lors de grandes manifestations. Ce ne sont pas des journalistes mais des personnes lambdas qui ont compris la marche du monde. On les appelle même journalistes citoyens. 

Mais quel magma ! Leur nombre d’abonnés monte en flèche à chaque « couverture » d’événement. Ils font maintenant des formats ressemblant à des interviews ou des entretiens. Indiscutablement, ils font de l’audience. Parce qu’on a accepté la dictature des nouvelles tendances, alors ils réclament une carte de presse, estimant qu’ils font le même travail que celui d’un reporter. Plus besoin de passer des années dans une école de journalisme ? C’est aussi cela la tendance. 

Un communicant doit aimer l’ombre sans pour autant se résigner à l’anonymat 

Les communicants, traditionnellement connus pour leur secret et la rareté de leur parole se sont laissés fascinés par ce même phénomène : l’obsession de la visibilité et du branding. Le communicant, dont le travail n’est nullement de se mettre en avant mais de rester dans l’ombre et cuisiner les grandes stratégies, est devenu un éditorialiste, passant de plateau en plateau pour décrypter l’actualité. 

Or, il est contradictoire et même incompatible de vouloir travailler sur la notoriété et l’image d’une marque et se mettre soi-même en scène. De deux choses l’une. Soit on est communicant et on agit conséquemment ou on ne l’est pas et on continue à faire le tour des plateaux. Le branding est fait pour les dirigeants ou les personnalités. Dans le milieu fermé de la communication politique, de tels comportements ont des incidences directes sur la perte de confiance entre cabinet conseil et clients. Les clients souhaitent travailler avec des gens qui savent garder des secrets et par conséquent, se priver de toute action de théâtralisation les concernant. Un communicant doit aimer l’ombre sans pour autant se résigner à l’anonymat.  

Nouvelle tendance, ah bon ? En mars 2020, une agitation tous azimuts, qui a gardé en haleine toute la sphère internet à la suite du lancement de l’application Clubhouse, est un véritable cas d’école. Clubhouse, une application reposant sur l’audio a été valorisée en bourse à plus d’un milliard de dollars. En moins d’une semaine, plus d’un million de téléchargements ont été comptabilisés [5]. L’application a vite été qualifiée de révolution. 

Pourtant, cette idée de révolution est historiquement et factuellement contestable. Qu’il s’agisse de Clubhouse ou des podcasts, tous sont nés sur « les cendres » de la radio. 

Cendres parce que la radio, autrefois média de l’intime, celui du mystère, de la voix sans le visage, a succombé aux nouvelles tendances. Elle qui était censée être intime, a décidé d’ouvrir sa fenêtre de tir au spectacle. 

Avec l’arrivée des réseaux sociaux, toutes les radios, en somme l’effet de mode, se sont mises à créer des pages Facebook et diffuser en direct. En faisant cela, elles ont rompu avec leur tradition. Maintenant, la radio, ce n’est plus la voix, c’est en quelque sorte, un média à cheval entre la vidéo et l’audio.

Les agences, les cabinets tous bientôt challengés et remises en cause ? Cette vidéo, qui a fait plus d’onze millions de vues est une des nombreuses illustrations de là où pourraient nous mener les nouvelles tendances. Avec un téléphone IPhone, une light box, un endroit spécifique, etc., les studios créa vont devoir fermer boutique ? 

Devrait-on s’étonner demain de voir la VOD remplacée le cinéma et l’internet les livres ? L’école est prise à partie et sa raison d’être de plus en plus contestée. On voit bien qu’au-delà de la profession communication et marketing, c’est un pan entier de la société qui vacille. 

La communication devrait-elle continuer à subir le diktat des nouvelles tendances à l’ère du numérique ou va-t-elle résister en embrassant bien sûr la modernité tout en gardant sa singularité ?