Bab el Mandeb : le détroit des collusions douteuses

Bab el Mandeb : le détroit des collusions douteuses

Bab el Mandeb, de l’arabe « porte des lamentations » (en référence aux dangers qui ont jadis existé dans la navigation le long du détroit, notamment pour les marins) est le deuxième détroit le plus fréquenté au monde. Il forme une partie du lien entre la mer Méditerranée et l’Asie du Sud Est. L’importance stratégique que revêt Bab el Mandeb, s’explique en l’occurrence par sa position de quatrième passage maritime le plus important au monde. Précisément, en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique dont dépend une grande majorité des pays occidentaux et de puissances dites non alignées, comme la Russie et la Chine.

Bab el Mandeb, au-delà d’être un des couloirs maritimes le plus important du monde, est incontestablement l’unique lieu d’accueil de plusieurs bases militaires de pays rivaux et concurrents. Sur ce détroit, ce sont deux blocs et deux modèles antinomiques qui entrent en collusion : le consensus de Washington et celui de Pékin.

Il convient de rappeler que Bab el Mandeb n’a attiré les regards que récemment. Zone de vastes pirateries maritimes et d’attaques terroristes, les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis favorisent un changement des rapports de force, aussi bien dans la zone que dans toute la région.

Forte de sa stratégie de contre-terrorisme notamment en Somalie et au Yémen (pays d’origine d’Oussama ben Laden, ancien homme le plus recherché de l’histoire) et de piraterie maritime (pour protéger les navires battant pavillon américain), l’administration Bush créé, sous l’impulsion du Pentagone, la « Combined Joint Task Force Horn of Africa », du français (force opérationnelle interarmées combinée – Corne de l’Afrique)[1]. Cette force, basée à Djibouti depuis 2002, précisément au camp Lemonnier, mobilise plus 4.000 militaires de la US Navy. Analyse des stratégies d’influence basées sur la dissuasion militaire.

𝗗𝗷𝗶𝗯𝗼𝘂𝘁𝗶, 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗶𝗱𝗲́𝗿𝗲́ 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗶𝗺𝗽𝗼𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁𝗲𝘀 𝗽𝗹𝗮𝘁𝗲𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝘀 𝗹𝗼𝗴𝗶𝘀𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗮𝘂 𝗺𝗼𝗻𝗱𝗲

Depuis son installation, la base militaire, tête de pont de la US Africa Command, a participé à la formation de plusieurs armées des pays de l’Afrique de l’Est et mené des frappes de drones contre Al-Shabab et les dirigeants d’Al-Qaïda sous l’administration Obama[2]. C’en est suivi l’installation de la base militaire japonaise en 2011 avec plus 180 hommes. En 2017, c’est à la base militaire chinoise (premier du genre à l’étranger) de s’installer à Obock au Nord de Djibouti. Cette base est – capable d’accueillir quatre sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire.

Dans le même temps, des troupes italiennes, allemandes et espagnoles se sont aussi installées dans le détroit (contingents réduits d’experts qui se relayent dans le cadre de l’opération Atalanta de lutte contre la piraterie maritime). Cependant, la plus ancienne, voire la première base militaire étrangère à s’être installée à Djibouti est celle de la marine française, implantée depuis 1969. Ce qui est historiquement justifié, car la France est un des premiers partenaires bilatéraux de Djibouti.

Ces bases militaires sont installées presque côte à côte à Djibouti. Ce pays est considéré comme une des plus importantes plateformes logistiques au monde, en raison de sa façade maritime longue de 370 km qui donne sur la Mer Rouge et le Golfe d’Aden. Toutes ces bases militaires payent des loyers au gouvernement Djiboutien : 58 millions de dollars par an pour les Etats-Unis, 30 millions d’euros pour la France, 20 millions de dollars pour la Chine, 3,5 millions de dollars pour le Japon, soit près de 10% du PIB du pays. On parle même du « Business des bases militaires ».

Plus à l’ouest du détroit, à seulement 150 miles de Djibouti, les Britanniques avaient auparavant établi une station de charbon à Aden pour soutenir leurs intérêts militaires et commerciaux dans la Corne de l’Afrique et dans l’océan Indien. Très précisément, d’après une information du magazine Washington Examiner « bien avant que Winston Churchill (en tant que jeune officier de l’amirauté) ne convertisse la marine britannique au pétrole, les Anglais comptaient sur le vent et le charbon. Pour assurer l’approvisionnement des navires, ils avaient besoin de stations de charbon et d’approvisionnement. C’est une des raisons pour lesquelles, en janvier 1839, la British East India Company débarqua des marines à Aden et pourquoi le Royaume-Uni conservera la ville et le territoire qui l’entoure pendant près de 130 ans ».

Toutes les grandes puissances nourrissent l’ambition de pouvoir opérer à Bab el Mandeb – le Canal de Suez en a d’ailleurs fait un des plus grands points d’étranglement stratégiques maritimes du monde – contigu à Djibouti.

En effet, l’Iran a cherché à s’installer à Djibouti, mais les pressions américaines sur le gouvernement djiboutien ont fait échouer le projet. La Russie et l’Inde ont sollicité le gouvernement Djiboutien pour installer, eux aussi, leurs bases militaires dans le pays. Cependant, ils ont eu une fin de non-recevoir. Le Président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, a expliqué ce refus par le fait que son pays abrite déjà assez de bases militaires.

Par ailleurs, des lobbies saoudiens tentent aussi de négocier l’installation d’une base militaire de la marine royale saoudienne. Ces négociations pourraient aboutir ou pas, dans la mesure où la Chine « dicte ses ordres » au gouvernement Djibouti, tout dépendra donc de son agenda.

𝗘𝗻 𝗼𝗰𝘁𝗼𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟬𝟬, 𝗹𝗲 𝗱𝗲𝘀𝘁𝗿𝗼𝘆𝗲𝗿 𝗮𝗺𝗲́𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻 𝗨.𝗦.𝗦. 𝗖𝗼𝗹𝗲 𝗮 𝗲́𝘁𝗲́ 𝘃𝗶𝗰𝘁𝗶𝗺𝗲 𝗱𝘂𝗻 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝘁𝗮𝘁 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝗱𝗶𝗾𝘂𝗲́ 𝗽𝗮𝗿 𝗔𝗹𝗤𝗮𝗶̈𝗱𝗮

Au même moment qu’elle essuyait « un revers » pour l’installation de sa base militaire à Djibouti, la Russie a proposé, en juin 2018, la construction d’une petite base navale et d’une station aérienne dans la ville de Zeila, de la République dite autoproclamée de Somaliland, en échange d’une reconnaissance internationale[3]. Deux ans plus tard, c’est-à-dire, en novembre 2020, l’agence de presse russe Tass[4], rapporte l’approbation d’un projet d’accord sur l’établissement d’une base militaire russe au Soudan, au Sud-Est de Djibouti, sur la Mer Rouge. Elle accueillera près de 300 militaires et personnels civils, mais aussi quatre navires de guerre, dont des engins à propulsion nucléaire. L’installation de cette base s’inscrit dans une démarche de dissuasion et du renforcement de l’ancrage africain de la Russie. Objectif : protéger les intérêts russes dans la région. A souligner que la Russie est un important producteur d’hydrocarbure.

La présence de ces bases militaires qui servent officiellement à surveiller le détroit contre des actes de sabotage serait bien justifiée. Car en octobre 2000, le destroyer américain U.S.S. Cole a été victime d’un attentat revendiqué par Al-Qaïda dans le port d’Aden. En 2002, le pétrolier français Limburg a été à son tour touché dans le détroit par un bateau piégé d’Al-Qaïda.

Quant à la chine, investissant massivement dans la région et important principalement des minerais et du pétrole, l’installation de sa base militaire s’expliquerait en partie pour la surveillance de ses navires, la protection de ses ressortissants, la « promotion de la paix et de la stabilité régionale ». Au même titre que les autres bases militaires, l’installation de celle de la Chine paraît aussi justifier. Néanmoins, des questions de fond demeurent, au regard des velléités militaires de l’Empire du Milieu et surtout son influence économique grandissante à Djibouti et dans toute la région (signature d’un protocole d’accord avec l’entreprise chinoise POLY-GCL Petroleum Group Holdings Ltd pour investir 4 milliards de dollars dans un projet de gaz naturel[5], comprenant un gazoduc, une usine de liquéfaction et un terminal d’exportation situés à Damerjog, près de la frontière avec la Somalie. Tentative de la Chine de monopoliser des terres rares en vue de renforcer son économie[6]. Deal dans les zones les plus instables en Somalie, avec l’obtention du géant chinois du pétrole, CNOOC, de l’autorisation de rechercher du pétrole[7]. Exercices militaires inédits à Djibouti en 2017[8]).

Indiscutablement, Bab el Mandeb est le détroit des collusions douteuses. En 2016, 4.8 millions de barils de pétrole brut ou raffiné y passaient chaque jour, soit plus de 34 % des flux mondiaux d’or noir. Ce qui est en fait une artère névralgique de l’économie mondiale. Si les rivalités géostratégiques sont palpables, quelques détails attirent l’attention.

𝗟𝗲𝘀 𝘃𝗿𝗮𝗶𝗲𝘀 𝗿𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗶𝗻𝘀𝘁𝗮𝗹𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗰𝗲𝘀 𝗯𝗮𝘀𝗲𝘀 𝗺𝗶𝗹𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗻𝗻𝘂𝗲𝘀

Toutes les fois où une base militaire est installée à Djibouti et dans la région, depuis celle des américains (Cf. Bases militaires chinoise, russe, turque en Somalie, Emiratie en Erythrée et au Somaliland – à Berbera pour des opérations aéronavale – le long du détroit de Bab el Mandeb), c’est très exactement le même narratif qui est utilisé : « Maintien de la paix et de la stabilité régionale », mais jamais « protection des intérêts économiques et politiques ».

Les rhétoriques officielles étant toutes similaires, une interrogation subsiste par ailleurs. S’il s’agissait de maintenir la paix et même lutter contre les pirateries maritimes, l’installation d’une base militaire avec tous les coûts financiers, techniques et technologiques qu’une telle aventure engendre, est-elle vraiment justifiée ? Pourquoi, à en croire les narratifs des uns et des autres, ne faudrait-il pas équiper, former et entraîner les armées de la région tout en renforçant les aides militaires ? Une telle démarche n’aura-t-elle pas suffit à lutter contre la piraterie maritime ? Pour la paix dans la région, ne s’agit-il pas d’un affrontement entre puissances rivales, qui armeraient chacune ses soutiens sachant que les armes sont importées et ne sont pas fabriquées sur place ? Le dialogue politique franc ne semble-t-il pas un des gages de succès pour une stabilité durable ? Les vraies raisons de l’installation de ces bases militaires sont connues. Elles ne sont pas dans les discours officiels,

GUINÉE : analyse et décryptage du discours d’adresse à la nation du Colonel Mamadi Doumbouya

GUINÉE : analyse et décryptage du discours d’adresse à la nation du Colonel Mamadi Doumbouya

Ce dimanche 31 octobre à 20h30, après le passage de l’hymne national qui introduit traditionnellement l’allocution présidentielle, le Colonel Mamadi Doumbouya, discours à la main, se dirige vers le pupitre pour se prêter à son premier exercice de cet ordre, avec toute la solennité requise.

Cette allocution du Président de la transition s’inscrit dans le cadre de la fête anniversaire de l’armée guinéenne, qui se tient chaque 1er novembre. Cette année, l’armée guinéenne fête les 63 ans de sa création. L’événement pré-enregistré est diffusé par la RTG, média d’Etat.

Au-delà de toute forme de subjectivité qui serait mal venue, cette analyse relève des points d’amélioration sur lesquels il est opportun de s’attarder. En tenant compte du contexte, cet article aborde inévitablement des contresens de communication qui se sont glissés pendant l’allocution de Mamadi Doumbouya.

A rappeler que cet exercice de décryptage se veut complétement désintéressé. Il ne s’agit pas de commentaire politique mais d’une simple tentative d’analyse sémiotique de [du] discours avec un élargissement géopolitique. Cela dit, passons au cœur du sujet.

Pour comprendre cette analyse, un bref détour conceptuel et une convocation de l’approche saussurienne seraient impérieux. Par discours, il faut ici entendre un ensemble profilmique, c’est-à-dire, tout ce qui se trouve dans l’objectif de la caméra. Même un mur est un discours, car ayant normalement une portée symbolique et à cet effet objet de sémiologie. Par ailleurs, l’expérience suggère qu’un discours, pour qu’il réussisse, doit s’engager dans une démarche de précision représentationnelle. En la matière, l’équipe de communication autour du Président Doumbouya devrait faire des efforts.

‘Au nom du Peuple’

Après avoir cité des noms de militaires populaires, faisant encore l’unanimité, le Colonel Mamadi Doumlbouya leur rend hommage pour avoir « aussitôt renoncé dignement à tous les privilèges de l’armée coloniale, pour se mettre au service de leur Patrie », et rappelle ô combien la Guinée a été au cœur de l’accession à l’indépendance de bien de pays africains dont le Congo et la Guinée Bissao.

Le Général Noumandian KEITA, le Général Lansana CONTE, le Colonel Louis Lamine DIALLO et le Colonel Kaman DIABY. Des noms, des images et une histoire. Il s’agit d’une démarche de reconnaissance mémorielle, une injonction aux souvenirs et une rupture dans le discours. Rupture car le régime de l’ex Président déchu, Alpha Condé, ne s’est jamais inscrit dans un tel registre. L’opinion publique découvre aussi que c’est toute la Guinée qui s’est mobilisée pour la reconquête de sa dignité. En cela, le nom du Colonel Louis Lamine DIALLO sonne comme un coup de tonnerre dans un pays où l’histoire est devenue un outil de discordes. Il ne s’agit donc pas seulement de Sékou Touré qui a joué un grand rôle dans l’accession à l’indépendance mais de tous ces militaires restés jusqu’alors presque anonymes. Les familles de militaires et une partie de l’opinion publique verront là une patrie reconnaissante. Tout cela renforce l’image positive dont jouit le Colonel depuis le 5 septembre. De libérateur, il est maintenant le réconciliateur en chef.

Le « au nom du peuple » peut être doublement entendu. D’abord comme une affirmation de légalité. Habituellement, ce sont des personnes élues qui parlent au nom et pour le compte du peuple. Or Mamdadi Doumbouya est une autorité de transition. Ensuite comme une manière de légitimer la reconnaissance et l’honneur faites à l’ensemble des militaires morts pour la Guinée.

‘Nous devons avoir constamment à l’esprit’

Dans ce discours de 11 minutes et 13 secondes, une autre rupture avec l’ancien régime apparaît. Le « Nous devons avoir constamment à l’esprit » rappelle quelque part la mise en garde faite à Alpha Condé, par Keléfa Sall en 2015, à l’occasion de la prestation de serment pour un second mandat présidentiel de celui qui s’est inscrit du mauvais côté de l’histoire.

Mamadi Doumbouya entend rompre avec le passé et veut inscrire l’armée non pas dans un schéma décidé par les partenaires mais par lui et son équipe. Cela rappelle son discours à l’Ecole de Guerre de Paris, où il s’opposait clairement à toute forme d’ingérence, y compris par le renseignement militaire.

‘Loi de Programmation Militaire adaptée aux besoins de nos armées’

C’est pourquoi, il n’est pas innocent de souhaiter une loi de programmation militaire adaptée « aux besoins de nos armées ». Il faut donc comprendre que jusque-là les lois de programmation militaires n’étaient pas totalement décidées par les autorités guinéennes mais qu’elles subissaient l’influence des partenaires. Mamadi Doumbouya remercie habilement ces partenaires pour éviter toute interprétation d’hostilité ou de défiance. Cela se ressent dans le ton quand il arrive à ce moment du discours.

Et puis, arrive l’annonce de la mise à la retraite de certains militaires. Comme s’il redoutait quelque chose, il rassure tout en se montrant ouvert à d’éventuelles sollicitations.

‘Bénéficier d‘une retraite digne’

En Guinée, l’indemnité de retraite ne vaut pas grand-chose et est souvent perçue comme une punition. Il existe même un terme péjoratif pour la nommer : « Pension », qui renvoie à une somme d’argent ne permettant qu’à subvenir à ses besoins de premières nécessités. Ainsi, en assurant que « Bâtir une armée moderne passe aussi nécessairement par le respect des droits des personnels des Forces de défense et de sécurité, y compris celui de bénéficier d‘une retraite digne, qui ne doit en aucun cas être considérée comme une punition », Mamadi Doumbouya anticipe toute forme de contestation et annonce sans le dire, une revalorisation de l’indemnité de retraite ainsi que des avantages accordés aux militaires retraités.

Au demeurant, en essayant d’interpeller nommément les militaires pour faire passer un message de respect et de complicité, il bute sur le nom de ‘l’Adjudant-chef Fara KAGBADOUNO’. Quelques secondes après, il esquisse un sourire et passe rapidement sur le nom des autres soldats de deuxième classe. Une preuve que lui-même reconnaît l’erreur qu’il a commise, laquelle est imputable à ses conseillers et à son équipe de communication. L’interpellation directe et nominative est une forme de proximité créée dans le discours et c’est pertinent.

Hésitant parfois, butant souvent sur les mots, amalgamant la gestuelle, regard perdu quelque peu, sont là des illustrations non exhaustives d’un exercice de média training peu rodé. Au moins par trois fois, il a regardé à sa gauche, hors champ de la caméra. C’est comme si quelqu’un l’interpellait.

En temps normal, puisque c’est une allocution pré-enregistrée et de surcroit ayant fait l’objet de nombreuses coupures, l’équipe de communication aurait dû reprendre l’enregistrement.

Mamadi n’incarne pas totalement [dans la posture] son discours. Si le ton est resté le même du début à la fin, il en va de même pour ses gestes. D’ailleurs, ces derniers n’illustrent guère, ils martèlent. Cela laisse un goût d’inachevé.

Globalement, ce discours nous enseigne trois choses : une corruption élevée au sein de l’armée guinéenne et des défiances constatées vis-à-vis de la hiérarchie, une volonté de faire durer la transition au-delà de 12 mois et un désir manifeste de rester toujours populaire.

Il faut enfin saluer la maîtrise du prompteur par le Colonel. Il pourrait facilement faire un orateur avec un peu d’exercices.

Toutefois, on peut constater aisément que les deux drapeaux situés à droite de l’écran sont coincés par deux objets. Une façon de bien dissimuler le décor qui a l’air de n’avoir pas été véritablement pensé ? Aussi, le pupitre en soit n’incarne rien, ni par sa forme ni par la police typographique qui doit être changée. Le sceau national de la Guinée apparaît flou à l’écran comme s’il s’agit d’un papier à lettre imprimé et collé.

Le Colonel devrait dans ses apparitions et ses prises de paroles y mettre un peu plus de solennité digne à son rang de Président de la transition.

Kossa CAMARA

Guinée : analyse de onze ans de communication politique et publique

Guinée : analyse de onze ans de communication politique et publique

La communication publique ou gouvernementale (un concept très français) se distingue de la communication politique par leurs finalités respectives. La première a pour but l’intérêt général, quand pour la seconde, il s’agit d’intérêt de groupes ou d’entités politiques à visée électorale. Dans la pratique, cette différence tend à s’effacer au profit d’une collusion voilée. Car la communication du gouvernement devient de plus en plus politique quand la communication des partis ou des groupes politiques devient d’ordinaire publique. 

Cette approche est d’une complexité favorable à l’Etat et aux hommes politiques qu’aux citoyens auxquels ils s’adressent. Lorsque souvent, à l’approche d’échéances électorales, des personnes dépositaires de l’autorité publique, comme des Ministres de la République, se déplacent dans les régions, arborant les couleurs du parti de la majorité, toute communication autour de ce déplacement est politique. Or, la communication politique est théoriquement réservée aux hommes et aux partis ou mouvements politiques.

A l’inverse, en dehors de toute compétition électorale, des hommes politiques (même si cela reste rare) mènent des campagnes d’utilité publique comme la sensibilisation portant sur la salubrité ou encore la prévention contre les épidémies de type Ebola et Covid19. Ces actions présumées politiques sont pourtant d’intérêt général en apparence. Entre la communication publique et politique la frontière semble revêtir une discussion scolaire, tant il vrai qu’elle est mince. Les deux types de communication ont, malgré les distinctions qui s’opèrent, recourt aux mêmes outils et s’adressent [finalement] aux mêmes publics.

Le citoyen passif ne comprendrait pas cette distinction. Non pas parce qu’il est seulement passif, mais parce qu’il est assommé de messages, au point d’être perméable à tout. Toutefois, sa passivité soutenue par son excès d’engagement militant l’ayant conduit à une espèce de fanatisme décomplexé, semble être un élément causal mais qui n’explique pas tout. Le citoyen actif, souvent critique et parfois réfléchi n’est pas non plus armé pour déceler cette subtilité, en raison d’une banalisation innocente qui ne lui profite hélas point. Ce constat peut être vu comme normal, dans la mesure où il n’appartiendrait pas aux citoyens de faire le travail du journaliste censé enquêter et dénoncer ou de l’analyste qui aurait gagné à pousser l’intrigue.

Cette situation appelle à une nouvelle conceptualisation du citoyen militant ou citoyen non militant. Mais à l’examen, si le premier modèle de citoyen est vrai, il n’en demeure pas moins que le second soit un vœu pieux. Car dans les faits, tout le monde est militant. Cette réflexion étant purement sociologique, il n’est pas question d’aller plus loin.

Les partis ou mouvements politiques jouissent… d’une exception démocratique 

En démocratie, il n’y a pas de problème à ce que la communication politique devienne parfois publique. Cependant, des interrogations peuvent demeurer quand c’est le contraire qui se produit. Pourquoi ? La communication publique, traditionnellement « réservée » à l’administration publique et par conséquent à l’Etat doit rendre compte. Les budgets, le personnel employé et les frais induits de certaines prestations, sont supportés par l’argent public. Cet argent n’a aucunement à servir l’intérêt d’une petite cause, d’un petit cercle invisible. Il appartient aux contribuables considérés dans ce cas de figure comme des individus qui ont en commun la République. Les couleurs politiques par lesquelles ils s’expriment, ont en l’état, une importance moindre pour ne pas dire nulle.

Les partis ou mouvements politiques jouissent là d’une exception démocratique ou pour être un peu provocateur républicaine. Leur budget de communication, en dehors des compétitions électorales n’intéresse pas grand monde. Ils n’ont de compte à rendre qu’à eux-mêmes. Un peu à l’image d’une entreprise qui aurait un budget de communication phénoménal et qui le dépenserait à sa guise. Il faut néanmoins tempérer cette comparaison qui peut tout à fait être discutable.

En effet, le nouveau défi de la communication publique est de rester le plus longtemps possible publique. C’est-à-dire, sur aucun canal d’un service ou plus largement d’une administration publique, ne doivent figurer ni texte, ni image, ni son, ni vidéo qui reprendraient un déplacement ou toute autre action ayant vocation à soutenir ou faire soutenir un président candidat. Il pourrait en être de même pour des actions d’influence passant par d’autres canaux et faisant appel à d’autres intermédiaires souvent rémunérés comme dans le cas d’un achat d’espace. D’où l’importance de la transparence et de l’audit des dépenses de communication.

En Guinée comme en France, cette problématique est une réalité probablement méconnue et relève des fois d’un tabou ou d’un secret de polichinelle. Si en France les choses sont moins dramatiques, en Guinée tout semble à refaire.

Le 15 novembre 2010. Ce jour-là, la Guinée connut l’élection de son « premier Président démocratiquement élu ». Une nouvelle ère s’ouvre alors pour le pays et aussi pour la communication publique et politique. Le début d’une professionnalisation rêvée se transforme d’abord en bazar et remonte ensuite le perron du professionnalisme en zigzagant. Cet article en raconte la naissance et le prolongement. Il constate et analyse de manière rétrospective l’état de mort cérébrale de ces deux métiers de la communication.

Election d’Alpha Condé en 2010/REUTERS/Joe Penney 

L’élection présidentielle de 2010 a montré la faiblesse des principaux partis politiques guinéens à mener une campagne structurée du point de vue de la communication. Elle a néanmoins prouvé l’incontestable capacité de mobilisation de ces partis, dans leurs différents fiefs, en l’occurrence l’Ufdg (Union des Forces démocratiques de Guinée) et le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée).

La communication est pratiquée avec un grand renfort de devinettes et une absence de planification stratégique

Cependant, et c’est là toute la nuance, la stratégie de mobilisation lors d’un scrutin présidentiel ne devrait pas se cantonner aux seuls bastions électoraux. Cela renvoie une image de candidat d’une région ou encore d’une ethnie. Dans la presse internationale, c’est très exactement ce type de rapprochement purement ethnique qui était fait. Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré et Alpha Condé, décrits respectivement comme candidats des peulhs, des sousous et des malinkés. Cela cache in fine, tous les efforts que peuvent déployer les quartiers généraux, dans les faits, dépourvus de réelles stratégies et de visions.

Entre le premier et le second tour de la présidentielle, un constat général se dégageait : aucune structuration des prises de parole dans les médias, aucune cohérence dans la gestion de l’image. Pour ne pas entrer dans l’intimité de ces campagnes, ces seuls éléments suffisent à comprendre le manque de coordination imputable à ces trois grandes forces politiques du pays. Dans les états-majors, la communication est pratiquée avec un grand renfort de devinettes et une absence de planification stratégique.

Entre 2010 et 2013 (l’année de la tenue des élections législatives), jusqu’en 2020, ces partis ont semblé apprendre de leurs erreurs. En 2015 par exemple, s’est déroulée la première élection présidentielle [véritablement] professionnelle du pays. Il y a eu une certaine maîtrise de l’image, une cohérence dans les différents plans de communication, un affrontement médiatique calibré — d’une rare beauté — qui connaîtra son épilogue. Les messages étaient pensés en amont des campagnes et le discours médiatique plus ou moins contrôlé.

Deux partis politiques se distinguent alors : l’Ufdg et le RPG. Ils se défient sur tous les terrains de la communication. Ils ripostent aux différentes attaques avec une certaine élégance. Ils font venir des porte-paroles, deux filles, l’une de la France et l’autre du Canada. Le niveau du débat est grand et les intelligences s’affrontent. Pour une première fois dans le pays, les idées et les programmes de gouvernance sont mis en avant. Face au marché électoral, les stratégies de marketing politiques étaient légion. Ce fut une tout autre atmosphère. Là, ces partis politiques ont su donner de l’émotion malgré tous les couacs constatés des deux côtés. Le RPG et l’Ufdg ont recruté des cabinets de communication internationaux. Ces derniers les ont accompagnés tout au long de la campagne présidentielle.

Cellou Dalein Diallo, leader de l’opposition guinéenne/GETTY IMAGES 

Entre 2015 et 2020, beaucoup de changements sont opérés dans les différents partis politiques, la communication prenant une place de choix. Par contre, la présidentielle de 2020 était moins riche. La communication opère un grand virage et s’adapte aux réseaux sociaux, véritables amplificateurs de messages. Les stratégies de communication de 2015 ont été répliquées en 2020 avec de légers changements de fond. La campagne se déroule aussi de la même manière. Seules les affiches publicitaires avec une déclinaison de messages ont connu un effet d’innovation. Mais à nuancer.

Par ailleurs, les partis politiques, fondamentalement le Rpg-arc-en-ciel (coalition de partis politiques autour du RPG) et l’Ufdg ont cristallisé le débat politique en créant un problème de civisme politique. A partir de l’année 2011, période de développement des émissions radios dites interactives, les jeunes des partis politiques ont commencé à prendre la parole. Ils téléphonaient via le pré-paiement mobile rechargeable, souvent aux frais des partis politiques, dans les radios comme Familia FM et Planète FM. Au fil des années, à mesure que leurs prises de parole devenaient fréquentes, ils se sont fait appeler ‘communicants’, ‘communicant politique’. Alors que c’étaient de simples animateurs de la vie politique, ils sont parvenus à conserver cette appellation qui, en réalité est une usurpation de qualité et de titre. Par défiance de l’avenir, certains de ces jeunes ont fait de cette pratique une profession. Un griotisme politique devenu une farce, apparaît favorable aux partis politiques dont la seule volonté est de rester dans le top of mind de l’opinion publique.

Ce qu’on appelle coup de foudre est donc vrai pour toutes les passions, même pour la bêtise

La communication politique prend ainsi une nouvelle tournure dans le pays, celle des injures, des invectives, des attaques gratuites et de la dépravation. Cela n’a pas été canalisé par les partis politiques. Ces jeunes gens bénéficieront d’une grande notoriété et déplaceront leur concours d’insultes sur les réseaux sociaux. Tenant chacun une page Facebook et devenant ce qu’il conviendrait d’appeler des ‘influenceurs’, ils conservent le substantif ‘communicant’.

En ayant de grosses communautés et en faisant de milliers de vues sur leur live Facebook, ces bloggeurs et influenceurs deviennent une arme politique que chaque parti affûte désormais contre son concurrent. Cela ne va pas durer, parce que les défections partiront dans tous les sens. Ceux qui étaient hier adversaires se retrouvent ensemble, dans la même famille politique, soit à l’Ufdg ou au Rpg-arc-en-ciel. La tendance était surtout favorable au second. Ces jeunes font dès lors une rencontre qui aura l’importance d’une aventure. Ce qu’on appelle coup de foudre est donc vrai pour toutes les passions, même pour la bêtise.

A travers ces influenceurs/bloggeurs, les partis politiques construisent leur image (cela a le mérite d’une théorisation universitaire). Ce qui déchaînera toutes les passions et fera de la communication politique un métier en état de mort cérébrale. En effet, on parle d’eux dans les estaminets comme on parlerait de personnalités ou encore de célébrités. Une notoriété bâtie sur du sable mouvent, tant ils ont réussi à faire des réseaux sociaux un lieu défouloir, de non droit, un espace assommant à l’image d’un tapage des guinguettes tout en se moquant du qu’en dira-t-on !

Cette situation engendre un phénomène éducatif, social et professionnel défavorable. Les personnes ayant fait de la communication leur métier, puisque l’ayant appris et pratiquée, se retrouvent entretenus dans l’invisibilité. Etant donné que dans l’opinion publique, un communicant c’est l’influenceur, le bloggeur affilié à un parti politique, les professionnels de la communication se verront tenus de prendre la parole. Ce sera la course à la notoriété et un fin désir de popularité. Pourtant, dans les écoles de communication, on enseigne aux étudiants la nécessité de rester dans l’ombre et de moins se mettre en scène. Or aujourd’hui, partout, le constat est alarmant.

En matière de communication publique, les choses sont moins reluisantes, même s’il faut encourager les initiatives isolées, qui pourraient avoir un effet accélérateur d’une transformation véritable de la pratique de ce métier en Guinée.

Entre 2010 et 2015, les départements ministériels et les établissements publics n’arrivaient pas [et n’arrivent toujours pas d’ailleurs] à se construire une bonne stratégie de communication et à rendre l’action gouvernementale plus visible. Dans un contexte de réélection, le Président Alpha Condé voulait absolument que les guinéens soient mis au courant des réformes engagées par son gouvernement. C’est pourquoi en janvier 2015, dans une perspective de dépoussiérer la communication du gouvernement et de décharger le bureau de presse de la Présidence de la République, la Cellule de Communication du gouvernement est créée et dotée d’un budget avoisinant les 2 milliards de francs guinéens. Sous la tutelle du porte-parole du gouvernement et installée à la primature, la Cellule de communication va travailler à harmoniser la communication d’une quarantaine de départements ministériels et d’établissements publics. Investie d’une mission de service public, elle servira peu à peu à la majorité présidentielle.

La Cellule de communication du gouvernement devient… la vitrine de la communication publique en Guinée

Si certains ministères ont longtemps joué le jeu de la Cellule de communication du gouvernement, en acceptant que les membres de cette dernière soient parmi les administrateurs des pages Facebook ou des comptes Twitter officiels, certains établissements publics n’ont pas toujours été coopératifs. Lesquels ont somme toute estimé cela comme une immixtion de trop. Mais pour calmer les nerfs, la Cellule de Communication passe souvent des coups de fils aux Ministres pour qu’instructions soient données aux chefs service communication et relations publiques. Cela pose le problème de positionnement de cette Cellule de communication dont le rôle est trop étendu.

N’en demeure, la Cellule de Communication du gouvernement a joué un rôle très significatif dans la montée en compétence des chefs service communication et relations publiques, perçus comme des relais et dont le champ d’action reste milité. Elle a réussi à donner une certaine visibilité à l’action gouvernementale tant à l’échelle nationale que continentale. Un certain relativisme exige quand même de rappeler que la portée de cette visibilité n’a pas toujours été un succès. Dans la mesure où il existe de véritable disparité, selon que l’on soit à Conakry ou à l’intérieur du pays. Aussi, selon que l’on soit abonné et lecteur de Jeune Afrique ou pas, parce que média sponsor du gouvernement. D’où la question du choix des cibles qui n’a que rarement été pensé.

La Cellule de communication du gouvernement devient par le temps qui passe, la vitrine de la communication publique en Guinée, masquant les énormes tares des communications faites par les départements ministériels.

Rares sont les ministères dotés d’une stratégie de communication véritable et ayant une vision à long terme. Cela se ressent très nettement au travers d’un simple détour sur les canaux de communication de ces derniers. La communication publique consiste ainsi à publier des rafales de photos sur les réseaux sociaux, des comptes-rendus d’humeur, à construire des sites Internet non sécurisés, non mis à jour et non ergonomiques. On se retrouve à cet instant face aux mêmes reproches adressés aux partis politiques en 2010. Ceux qui consistent à sortir des devinettes de couloir et des humeurs pour élaborer, en intelligence collective, des projections stratégiques qui vaillent.

Si la communication publique souffre d’un certain amateurisme, il faut saluer des efforts de titans fournis par quelques ministères dont celui des Travaux publics et de l’Enseignement supérieur, mais aussi, de quelques établissements publics comme l’Agence de promotion des Investissements publics et privés.

L’administration ne recrute donc pas des professionnels qui existent pourtant dans le pays mais se plaît au copinage

Les services de communication des départements ministériels sont les parents pauvres en matière de budget de fonctionnement, à la seule exception des ministères du Budget, de l’Economie et des Finances. A cela s’ajoute une défaillance dans la chaîne de recrutement ou de nomination des personnes censées conduire la communication de ces départements. C’est de là que viendrait [en partie] le mal.

En Guinée, il existe depuis 2005 un institut d’enseignement supérieur dédié à la communication notamment. L’Institut supérieur de l’information et de la Communication a formé plusieurs promotions de communicants et a récemment ouvert un Master spécialisé en communication politique et publique. L’administration ne recrute donc pas des professionnels qui existent pourtant dans le pays mais se plaît au copinage et à la promotion de la médiocrité.

Au-delà de ce défi de recrutement et de vision stratégique, la communication publique est aussi celle du mimétisme. Se compromettant dans le copier/coller et faisant montre d’un défaut de créativité, le gouvernement guinéen aurait gagné à sortir des logiques confondantes. La nomination de journalistes aux postes de communication ne peut produire que le résultat qu’on connaît actuellement. L’homme qu’il faut à la place qu’il faut, dit-on.

Décidément, les habitudes ont la vie dure. Depuis le 5 septembre, date du premier coup d’Etat enregistré en Guinée jusqu’au moment où paraît cet article, les efforts de changement sont appréciables. Mais qu’est-ce qui a véritablement changé ? En matière de communication publique, une « directive » de la présidence met en concurrence les différents départements ministériels. Cette pression engage les ministres à être partout et nulle part en même temps. C’est en tout cas ce que montre leur communication. Il n’y a toujours pas de vision ni de stratégie. Trois exemples démontrent cette observation.

D’abord, les bloggeurs/influenceurs qui faisaient du griotisme sur les réseaux sociaux pour les ministres du temps d’Alpha Condé sont de retour. Ils ont la primeur de l’information publique, les images des déplacements des ministres et tout le reste. Les services communication et relations publiques perdent de l’influence. Leur travail est sous-traité.

Ensuite, certains ministères font des vidéos pour illustrer les bilans de cinq mois de gestion. Ces vidéos ne tiennent hélas pas compte de leur identité visuelle. Ce qui laisse à penser un faible apport des services communication et relations publiques. Il y a aussi des images incontrôlées circulant çà et là sur Internet, des attitudes infantilisant de certains secrétaires généraux prenant tous les matins des selfies et photographiant même les réunions restreintes pour en publier sur les réseaux sociaux. Le cadre de vie privée, vie professionnelle n’est peut-être pas totalement clair pour certains cadres.

La création d’une direction de l’information et de la communication à la Présidence de la République n’est pas justifiée 

Enfin, la maîtrise de l’image du Président de la transition, la création d’une direction de l’information et de la communication à la Présidence de la République, en remplacement du bureau de presse et la nomination d’un porte-parole.

A chaque apparition du Président, même lorsqu’il invite des diplomates accrédités dans le pays, un seul constat saute aux yeux : une armée de militaires encagoulés brandissant des armes de guerre. Cela renvoie un seul message : une situation tendue et une méfiance très grande. En conséquence, nous avons un Président qui redoute quelque chose. Sans rentrer dans les détails de toutes les apparitions publiques ou encore des prises de parole, ce seul fait en illustre parfaitement les autres.

La création d’une direction de l’information et de la communication à la Présidence de la République n’est pas justifiée. Un service et des pôles auraient largement suffit. Depuis la nomination d’un journaliste à la tête de cette direction, tout le travail qui est fait reste purement de l’information et c’est tout à son honneur. Au lieu d’un véritable directeur dont la fonction est avant tout de manager et penser la stratégie, la Présidence a nommé une personne qui cherche à apparaître sur toutes les photos et devenant à l’arrivée un maître de cérémonie. Les contenus publiés sur les réseaux sociaux, notamment les vidéos changent de formats tous les mois et c’est toute la communication. Une incohérence d’autant plus flagrante que rien n’échappe à la Présidence de la République : communication du CNRD (Conseil national de la Transition), communication du ministère de la Défense. Partout il est question de militaire, la Présidence est présente et en assure le relais.

Poursuivant, la vidéo d’Alpha Condé sortant de la Guinée pour aller se faire soigner illustre une certaine mystification. La vidéo en question, ne devrait ni être diffusée, encore moins relayée par la Présidence, ce n’est pas son rôle. D’ailleurs, elle a suscité très rapidement de la sympathie envers Alpha Condé, qui apparaît comme un homme trahi par son entourage. La diffusion de ce contenu a indéniablement produit le contraire de l’effet recherché, c’est-à-dire, la sympathie des internautes.

Dans la deuxième quinzaine du mois de décembre 2021, la charte graphique de la Présidence change et prend des allures américaines, donnant l’impression d’un Département d’Etat en miniature. Début janvier 2022, la même charte graphique changera et prendra le ton du traditionnel univers de marque de la Présidence et du sceau de la République. Si cela ne choque pas les non spécialistes, les communicants eux, sont en droit de se demander quel territoire de marque veut la Présidence de la République et pourquoi faire ? Cette manie de tout calquer donne l’impression d’une incapacité à penser la communication dans sa globalité.

Quelques partis politiques de l’opposition accumulent des bourdes avec des sorties médiatiques incontrôlées

Pour ce qui est du porte-parole de la Présidence de la République, si cette nomination n’est pas fondée, il faut dire que le porte-parolat passe très mal. A chaque fois que le porte-parole intervient sur un déplacement du Président, on voit le Président juste à côté avec un air perdu, parfois regardant ailleurs ou écoutant sagement. Entre le porte-parole qui s’exprime et le Président qui écoute, l’effet de pouvoir est complètement orienté vers le porte-parole. Car il donne l’image de celui qui maîtrise et contrôle les choses et le Président devient un exécutant passif. Du point de vue de l’image, ce type d’apparition est à corriger.

Le colonel Amara Camara (en béret vert, au centre) et d’autres hauts responsables du pouvoir de transition, dont le colonel Mamadi Doumbouya (à droite de l’image en béret rouge avec lunettes de soleil). © Présidence de la République 

De manière général, la communication publique et la communication politique sont deux métiers dont la pratique mérite un professionnalisme sérieux. Il en va de l’image du pays à l’international.

Depuis le 5 septembre, au sujet des partis politiques, leur communication politique est très disparate. Quelques partis de l’opposition accumulent des bourdes avec des sorties médiatiques incontrôlées quand le Rpg-arc-en-ciel fait un travail remarquable autour de l’image d’Alpha Condé. Une vidéo de grande qualité, diffusée en direct le 9 février, sur le compte officiel du Rpg-arc-en-ciel montre un Alpha Condé travailleur, patriote et africaniste.

La Guinée doit urgemment faire l’effort de renouer avec la compétence et de mettre au cœur de l’action publique et de la vie politique le mérite en lieu et place de la médiocrité enjolivée. La communication quelle qu’elle soit reste et demeure un métier. Inutile donc de dire qu’elle s’apprend. La communication politique et publique sont de beaux métiers, il serait appréciable de les éviter les brimades qui les sont actuellement infligées en Guinée. OUI ! La communication s’apprend et s’incarne.

Kossa Camara, spécialiste en communication stratégique et intelligence économique

Gouvernés par Facebook : Improvisation gouvernementale et perte de repère, quand les guinéens deviennent des machines à clics (Par Kossa CAMARA)

Gouvernés par Facebook : Improvisation gouvernementale et perte de repère, quand les guinéens deviennent des machines à clics (Par Kossa CAMARA)

Février 2022. Les fonctionnaires guinéens et les habitants de Conakry découvrent médusés, une affiche publicitaire à la rentrée de Kaloum. A gauche de l’affiche avec une taille plus grande, apparaît Mamadi Doumbouya. A droit, on voit Dansa Kourouma, d’un air sage et tout vêtu de léppi. Au milieu, ce message : « Le CNT installé. S.E Colonel Doumbouya. Homme de parole ». Au-dessus de ce message, deux logos. Celui de l’OGP (Office guinéen de publicité) et du Cnrd. Le format du panneau publicitaire, probablement 22m² italien : 750 x 320 cm, n’a pas laissé les gens insensibles. 

Très vite, la propagande est mise en cause sur les réseaux sociaux et le niveau de viralité va contraindre l’auteur de l’affiche à la retirer. On soupçonne alors un certain Mandian Sidibé, ex-journaliste à la moralité douteuse, d’être à la manœuvre. Cette décision de retrait viendrait d’ailleurs du Cnrd qui voulait faire bonne presse aux yeux de l’opinion publique. Dès lors, les internautes guinéens ont compris qu’ils ont un véritable moyen de pression. Il suffit désormais d’un clic et d’une viralité pour faire plier le gouvernement. C’est très exactement ce qui se produit en Guinée depuis février 2022.

Le gouvernement de transition sous influence ? Analyse de comment les réseaux sociaux deviennent des chantres de fabrique de la décision publique.

Leurs actions très souvent qualifiées de populisme, leurs initiatives aventureuses et leurs décisions d’illégitime ou parfois d’incompréhensible, le gouvernement de transition et le Cnrd essuient des critiques tous azimuts. Preuve que la liberté d’expression est quelque part une avancée dont on peut se féliciter en Guinée, fruit des années de lutte sociale et politique, bien que – des signaux faibles commencent à germer-. Les militaires ont le mérite de laisser dire et c’est très appréciable. Cependant, leur manière de procéder laisse présager une gouvernance de l’émotion, bâtie sur les tendances Facebook et Twitter et non sur une stratégie réelle. La science de l’Etat n’est pas encore dans leur vocabulaire, non pas au sens de la sémantique mais de la fabrique de la décision publique. Ils se cherchent et on leur offre l’effet placebo.

Le gouvernement et le défaut d’anticipation

Le mercredi 13 juillet 2022. Le conseil des ministres est interrompu et les ministres priés d’aller curer des caniveaux et d’assainir la ville de Conakry. Une liste a été partagée à la presse où on constate que tous les ministres ont été répartis dans les cinq communes de la capitale. Cette décision brusque et clairement populiste a été prise suite à de nombres posts Facebook montrant des artères de Conakry jonchées d’ordures. Une capitale devenue un dépotoir à ciel ouvert. En marge de la fête de Tabaski, une initiative consistant à se faire photographier devant un amas d’ordures a fait tendance. L’initiative est abondamment relayée sur les réseaux sociaux ; comme à son habitude, le Cnrd décide d’entendre les critiques. Une vraie mise en scène digne d’un film de Nollywood débute. On aperçoit Mamadi Doumbouya à Kassa, pelle à la main, en train de se battre contre les ordures. Autour de lui, une armée de militaires l’entoure, comme des figurants dans un sketch. Si le message est noble, l’action est discutable.

Un gouvernement ne se lève pas de son hibernation pour agir. Il commandite un rapport pour comprendre les problèmes ou met en place une commission mixte chargée de lui faire des propositions concrètes. C’est en fonction de ces remontées qu’il va asseoir sa décision. Un peu comme cela se passe dans tous les pays normaux. L’assainissement est un maillon. Il faut impliquer les professionnels et les acteurs de la propreté. Il faut également mobiliser les ressources et sensibiliser les populations à la nécessité de veiller à l’environnement, gage d’une santé durable. En effet, il est inélégant d’interrompre un Conseil des ministres pour donner à voir à la population au lieu de penser une stratégie à long terme. Le gouvernement ne résout pas les problèmes, il fait de l’image et disparaît. A vouloir toujours se faire entendre et avoir l’adhésion de l’opinion publique, on gouvernera dans le très court-termisme sans résultat durable.

Les exemples sont légion. Les réseaux sociaux sont devenus le chantre de fabrique de la décision publique. C’est à se demander si les guinéens vivent dans une métavers au point de les gouverner sur la base des humeurs et des états d’âmes des décideurs d’une part et des métriques Facebook d’autre part.

Quand le virtuel s’impose dans le réel, la Guinée dans un « #métavers »

Les réseaux sociaux sont souvent un faux miroir moins digne de confiance. La manipulation du nombre d’abonnés, des faux likes et commentaires, des trolls en somme, n’est pas une spécificité russe. En Guinée, le parti RPG AEC est une école du point de vue de la manipulation des masses. Il a bien souvent expérimenté ce système de trolls lors d’échéances électorales comme en 2020. C’est donc une pratique ancrée et il serait sage d’en tenir compte. Le RPG n’est pas seul. L’Ufdg, dont le leader Cellou Dalein apparaît avec des « influenceurs », n’est pas en reste. Beaucoup de ministres du gouvernement ont des jeunes à leur actif promptes à les défendre et à diffuser des messages favorables même si ce n’est pas toujours très reluisant. La nomination récente du directeur de la SEG est un cas d’école. Dès que l’ancien directeur, dans les filets de la Crief, a été démis de ses fonctions, l’actuel directeur a mobilisé une communauté de soutiens autour de sa candidature. Très vite, des posts de témoignages accompagnés de sa photo en soutien de sa candidature ont été massivement relayés sur le réseau social Facebook. Le Cnrd n’a pas eu le choix. C’est lui qui sera nommé sans aucune surprise. C’est le cas de quelques secrétaires généraux ou encore de certains ministres actuellement en poste.

Or, si certains hauts fonctionnaires de l’Etat sont compétents, au regard de leur parcours universitaire et professionnel en l’occurrence, une grande majorité ne l’est pas. Cette dernière sous-traite son intelligence aux jeunes talents volontairement invisibilisés et qui reçoivent des miettes tous les mois. Le travail censé être accompli est également le fait d’autres personnes. Finalement, la chaîne de décision et de l’action est si longue et complexe que notre administration ne fait pas notre fierté. Le virtuel a pris le dessus sur le réel. Toutefois, il est plus qu’urgent de se passer des réseaux sociaux dans les processus de nomination des cadres et hauts cadres de l’Etat et de primer la compétence et seulement la compétence. Auquel cas, le risque serait de recruter un profil Facebook poussé par les algorithmes et laisser sur la baie les méritants. Car décider sur le seul critère des tendances social media est un cadeau fait à la facilité et aux raccourcis. C’est d’ailleurs le terreau du populisme. 

Les pratiques vexatoires des réseaux sociaux et leur influence dans l’espace public

Mamadi Doumbouya quoiqu’on n’en dise est à l’écoute. C’est par ailleurs ce qui le différencie de Moussa Dadis Camara, en son temps agité, surexcité et chauffé à blanc, prêt à bondir sur tous les sujets et à faire le show. Il faudrait que l’homme fort de Conakry oriente sa qualité d’écoute vers les intellectuels et les penseurs. La Guinée a plus que jamais besoin que ses bonnes élites soient entendues et mises à contribution. Pour cela, il faudrait créer un cadre et sortir des petits calculs.

Les réseaux sociaux ne doivent en aucune manière servir de tremplin pour occuper des postes de responsabilité dans les secteurs publics et mixtes. S’en accommoder alors qu’ils sont quelque part une hérésie des temps modernes n’est pas conseillé.

Sur les réseaux sociaux, il y a de tout. Le côté sombre de ces derniers est peu débattu. N’importe qui peut créer un ou plusieurs profils et y diffuser abondement de messages. L’enjeu est de pouvoir déterminer la sincérité des messages et surtout de savoir si des intérêts étrangers ne sont pas mis à contribution pour influencer les décideurs publics. Il est connu que les puissances étrangères et même les grandes entreprises s’adonnent à ce type de pratiques. En occident, cela intervient habituellement à l’approche des élections présidentielles. En Afrique et précisément en Centrafrique et au Mali, des puissances étrangères ont participé à polluer le débat public et à orienter les sujets de discussions selon les intérêts qu’elles défendent. C’est le cas de la « guerre informationnelle » entre l’armée française et la Russie en 2020.

Les trolls agissent partout et la Guinée est jusque-là un espace poreux à l’influence. Les citoyens sont peu éduqués et sensibilisés sur la fabrication du consentement, les fakes news et la manipulation de l’information au bénéfice de tiers inconnus. La conflictualité dans l’espace informationnel n’est plus une pratique propre aux seuls initiés. N’importe qui, moyennant une connexion Internet et un ordinateur, peut en être un acteur majeur. Le gouvernement a donc tout à gagner à se concentrer sur une stratégie réelle de gouvernement et de refondation de l’Etat.

Le gouvernement à l’épreuve des tribunaux populaires

Le monde a changé. Les jeunes guinéens ont soif de plus de liberté et d’espace où ils vont débattre de l’avenir de leur pays, des endroits soigneusement conçus et pensés pour la dialectique et le contradictoire. En l’absence desquels, le débat risque de se transporter sur les réseaux sociaux où chacun se donne à cœur joie dans le jugement, la condamnation et l’interpellation du gouvernement. D’ailleurs, il apparaît de plus en plus une espèce de bulle d’influence. C’est-à-dire, des profils qui se connaissent, se soutiennent et qui forment une communauté d’intérêt. Ces bulles, anciennement du défunt régime de Condé, se sont transformées en tribunaux pour juger et condamner le gouvernement devant leur prétoire.

Kossa Camara, Consultant en Communication 

Seulement, un intérêt mercantile se cache derrière ces rageux. Leurs pages sont monétisées. Ils se voient, selon la direction du vent, critiquer dans le plus grand aveuglement tout ce qui est bien ou mauvais, tout ce qui les échappe et qu’ils ne comprennent pas, pourvu que la fréquentation de leurs pages s’accroisse et le nombre de vues sous leur live grimpe. Une nette distinction est donc à opérer et c’est une preuve parmi tant d’autres qu’il est déconseillé de faire des réseaux sociaux le fondement des nominations et par lesquels viendrait l’orientation de la politique gouvernementale. Le faire est du ressort de l’amateurisme et on n’en a pas besoin en Guinée.

Guinée : chute d’Alpha Condé et collusion avec Jeune Afrique ?

Guinée : chute d’Alpha Condé et collusion avec Jeune Afrique ?

En 2010, à la suite d’une transition militaire qui a duré 2 ans, Alpha Condé est élu Président de la République en Guinée. La presse internationale le décrit alors comme premier Président démocratiquement élu du «jeune» État guinéen. Avec cette élection, les guinéens et les amis de la Guinée pensaient tourner la page des meurtres gratuits et des expéditions punitives qui existent dans le pays depuis un demi-siècle, notamment sous les régimes de Sékou Touré et Lansana Conté. Respectivement, premier Président de la République populaire révolutionnaire de Guinée et deuxième Président de la République libérale de Guinée.

L’élection d’Alpha Condé en 2010 a suscité de vives critiques et de sérieuses interrogations. Arrivé deuxième au premier tour de la présidentielle avec 18% des voix contre 44% pour Cellou Dalein Diallo (ancien premier ministre sous le régime de Lansana Conté), il est donné vainqueur au second tour avec 52,5% des voix. En violation systématique des lois électorales du pays, quatre mois s’écoulèrent entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle.

C’était l’homme nouveau, qu’on aimait surnommer à Conakry, «l’homme aux mains propres» (une allusion faite à son refus de travailler avec Sékou Touré et Lansana Conté. Deux présidents, deux régimes qu’il a combattus politiquement pendant quarante ans). Très vite, les doutes qui ont entouré son élection ont été enterrés. Carte blanche lui a été donnée. Car son parcours politique, son militantisme et les valeurs qu’il a défendues, étaient en harmonie avec les attentes de la population. Il incarnait le renouveau, le changement et l’espoir. Il faisait l’objet d’un grand mythe en raison de toute une vie passée en exil forcé et parfois choisi en France. Il suscitait aussi l’admiration, on parle de lui dans les marchés de Conakry comme un grand intellectuel capable de redresser le pays.

Kouchner était perçu comme le vice-président de la Guinée

Toutefois, Alpha Condé n’a aucune expérience connue en dehors de son combat politique. Cela s’est rapidement senti dans sa façon de gouverner et même de s’entourer. Comme le rapporte France Info1, Bernard Kouchner, ami proche d’Alpha Condé voyageait tous les mois à Conakry et avait le statut de No Borders Consultants. Dans les cercles intellectuels et au sein de l’administration guinéenne, Kouchner était perçu comme le vice-président de la Guinée, ses déplacements donnant l’allure d’un chef qui bénéficie de toutes les faveurs du palais. Aussi, Alpha Condé a reconduit majoritairement les anciens hauts cadres de Lansana Conté. Certains étaient des proches conseillers, d’autres des ministres.

Après son premier mandat de 5 ans en 2015, il brigue un deuxième mandat qui aurait dû être le second. D’ailleurs, le président de la cour constitutionnelle d’alors, Kèlèfa Sall a donné le ton dans son discours lors de la prestation de serment d’Alpha Condé, le 14 décembre 2015. Discours aujourd’hui qualifié de prémonitoire, le magistrat guinéen interpelle le concerné en des termes clairs et avec une éloquence toute saisissante : «Évitez toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance. Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes. Car, si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant»2. En coulisse, Alpha Condé reprochait au magistrat son discours et lui demandait constamment s’il était représentatif du peuple de Guinée pour affirmer que son second mandat en serait le dernier. Trois ans plus tard, en automne 2018, le magistrat perd sa qualité de président de la cour constitutionnelle. Le 3 octobre de la même année, un décret présidentiel entérine son exclusion. Ce qui peut s’apparenter à un règlement de compte, rend beaucoup d’acteurs de la société civile médusés.

En juin 2017, lors du Forum de l’Etudiant guinéen, organisé par le Ministère de l’Enseignement supérieur, Alpha Condé est l’invité d’honneur. Une fois dans la salle et à l’entame de son discours, il est interrompu par des étudiants, qui réclament à gorge déployée les tablettes qu’il leur avait promises. En colère derrière son pupitre, il saute sur place à pieds joints et lance : «J’ai été étudiant avant vous. Nous avons rendu l’Afrique fière de nous. Vous êtes comme des cabris, tablettes, tablettes, tablettes»3. La réaction colérique du Président qualifiant les étudiants de «mal éduqués» notamment, n’a pas été bien accueillie dans les universités de Conakry. Même au Ministère de tutelle, on fulminait qu’il n’avait pas à réagir ainsi. Première brouille mineure.

Les opposants… entrent en résistance et se radicalisent

Alpha Condé, ancien élève du lycée Turgot de Paris centre (autrefois 3ème arrondissement) et étudiant en droit de Science Po Paris puis de la Sorbonne était aveuglé par la Guinée qu’il aimait tant et dont il finit par en faire sa chose. Dès 2018, connaissant ses intentions pour briguer un troisième mandat et conscient du risque qu’il pourrait encourir, notamment pour son régime et sa sécurité personnelle, il crée une nouvelle unité au sein de l’armée guinéenne appelée Groupement des Forces spéciales. Laquelle sera commandée par Mamady Doumbouya, un légionnaire de l’armée française à la retraite. Cette unité sera dotée de tous les équipements matériels et logistiques notamment des blindés. Chargée officiellement de la lutte contre le terrorisme, l’unité des forces spéciales est décrite comme capable de «mener des missions de façon autonome, après infiltration ou parachutage en profondeur dans le dispositif adverse». Elle est aussi compétente dans la «recherche et la transmission de renseignement sur la nature, les moyens et les intentions de l’ennemi». Officieusement, c’est l’unité de dernier recours dans le scénario d’une attaque du palais présidentiel ; chargée de vite exfiltrer le Président de la République. Mais ironie de l’histoire, c’est tout le contraire qui se produira.


Le Lieutenant-Colonel Mamady Doumbouya est au centre. Photo prise à l’ambassade des Etats-Unis en Guinée. Publiée sur la page Facebook de l’ambassade, la photo a été retirée.

En 2019, alors que l’opposition et la société civile le soupçonnaient de vouloir faire sauter le verrou sur la limitation des mandats et de se représenter une troisième fois, Alpha Condé nargue tous les critiques. Il évite les questions sur ses véritables intentions, le mobile de ses actions et joue dans le clair-obscur. Pourtant, en décembre 2019, dans une allocution sur les antennes de la télévision d’Etat, la RTG (Radiodiffusion Télévision Guinéenne), il confirme sa volonté de faire modifier la constitution4. Quelques jours après, le projet de nouvelle constitution5 est diffusé par les médias. Plus le temps passe, plus l’horizon s’éclaire et les intentions se précisent.

Alpha Condé, cet animal politique se dirige droit dans la gueule du loup sans le savoir. Le 22 mars 2020, malgré tous les signaux faibles, des élections législatives couplées d’un référendum constitutionnel se tiennent dans une violence sans nom. Bureaux de vote et matériels électoraux saccagés. Des militaires, gendarmes et policiers répriment les contestataires dans le sang. De Conakry [la Capitale] en passant par Mamou [ville carrefour du pays] jusqu’en Nzérékoré [région située au sud-est], presque tout le pays s’embrase. Les opposants à un 3ème mandat d’Alpha Condé, composés de militants de l’opposition et d’activistes de la société civile mais aussi de journalistes entrent en résistance et se radicalisent. Le pays est au bord du précipice. Des morts dont on se passerait de donner des chiffres sont dénombrés.

Ni les manifestations géantes à Conakry et dans quelques villes, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, notamment à Paris, Bruxelles, Québec, New-York et Dakar n’ont découragé le régime d’Alpha Condé de faire un troisième mandat. La «communauté internationale» (une appellation propre à l’Afrique pour désigner un ensemble très réduit, à savoir la Cédéao6, l’Union africaine, l’ONU, l’OIF7, la France et les Etats-Unis), les camarades et amis du Président guinéen l’en ont dissuadé. Bouffi d’orgueil, Alpha Condé n’avait cure des conseils et des mises en garde. Il a travaillé à ce que ses désirs et son aversion ne connaissent point d’obstacle.

Une révolte de la population est redoutée

Le 2 septembre 2020, il annonce officiellement sa candidature pour un 3ème mandat. Cela crée des scènes de violences dans la majorité des grandes villes du pays. Adolescents, jeunes, hommes et femmes furent tués dans le silence terrifiant d’une communauté internationale sonnée par la crise de coronavirus mais aussi par le multilatéralisme en souffrance. Alpha Condé déroule toute sa stratégie au prix du sang et des arrestations sommaires. Le 18 octobre de la même année, la présidentielle s’est tenue à Conakry dans une situation très tendue. Cela, en raison de propos à relent communautaire distillés notamment par le parti au pouvoir dont ses éminents ténors : Alpha Condé et son «épouse», Hadja Djenè Kaba.

Durant la campagne présidentielle, le parti au pouvoir et tout le gouvernement se sont employés à stigmatiser une partie de la population (la stratégie du diviser pour mieux régner) et empêcher l’opposition de battre normalement campagne. Des propos impropres dans la bouche d’un président furent tenus par Alpha Condé. Il s’exprime dans plusieurs allocations (mêlée de maninka [une des principales langues du pays] et de français) depuis le palais présidentiel Sékoutoureyah, d’où il faisait sa campagne en visioconférence et retransmise par le média de service public, la RTG, puis à Kankan le 19 septembre8 puis à Siguiri le 23 septembre9. Il affirme : «Les jeunes de la Haute-Guinée, particulièrement ceux de Kankan, je vous demande d’observer un peu l’ossature de cette élection. Le Foutah n’a présenté aucun candidat à part Cellou Dalein Diallo, ce qui implique que tous les autres candidats sont venus contre moi. Alors, ne votez pour personne si ce n’est pas le RPG. Les malinkés, comprenez que quiconque vote pour un autre candidat, a voté pour Cellou Dalein».

Alpha Condé avait perdu en popularité et en crédibilité, tant il a passé 11 ans au pouvoir à promettre la construction d’usines de bonbons, de transformation de la pomme de terre en purée ou encore de doter chaque étudiant d’une tablette et chaque tailleur d’une machine. Pour galvaniser son électorat, sa seule arme était d’avoir recours aux propos communautaires et bellicistes. Après avoir créé la psychose au sein de la communauté, Alpha Condé ordonne le 27 septembre en pleine campagne électorale, la fermeture des frontières avec la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Sierra Leone. Cette fermeture intervient au moment où, le principal parti d’opposition, l’UFDG [Union des Forces Démocratiques de Guinée] dirigé par Cellou Dalein Diallo, acheminait du matériel de campagne10, dont des tee-shirts et des gadgets. Deuxième brouille, parce que cette fermeture des frontières a engendré des conséquences économiques importantes, en l’occurrence pour la population.

A l’origine de cette fermeture des frontières, plusieurs hypothèses

La première. Les trois pays entretiennent de bons rapports avec Cellou Dalein Diallo. Aussi, à en juger par les résultats des dernières élections en Guinée, il y détient un électorat presque majoritaire, même s’il est très marginal. Il fallait donc empêcher ces guinéens de l’étranger de voter en faveur du président de l’UFDG mais surtout de rejoindre le pays. Puisqu’officieusement, ils pourraient venir à soutenir les partisans de l’opposition lors de protestations électorales et postélectorales.

La deuxième. Le soutien affiché et totalement assumé du Président Umaro Sissoco Embaló (très apprécié des jeunes ouest-africains pour son franc-parler) à Cellou Dalein Diallo et la proximité de ce dernier avec le vice-président sierra-léonais, Mohamed Juldeh Jalloh, mais aussi son amitié connue avec le Président Macky Sall. Au demeurant, le Secrétaire général de la présidence de la République de Guinée, Naby Youssouf Kiridi Bangoura, justifie cette fermeture par des «faits graves qui se sont produits en Sierra-Leone, à Kambia exactement dans le secteur de Maboué dans un hôtel… pour planifier des actions qui peuvent toucher à l’ordre public et à la sécurité publique en Guinée»11.

Le 18 octobre 2020, l’élection présidentielle s’est tenue dans un calme précaire. Le 24 octobre, Alpha Condé sera donné vainqueur par la Ceni [Commission électorale nationale indépendante] avec 59,4% des suffrages exprimés, contre 33,5% pour son principal adversaire Cellou Dalein Diallo. Mais ce dernier s’était déjà proclamé victorieux de l’élection, le lendemain même du vote. Le samedi 7 novembre 2020, la cour constitutionnelle déclare Alpha Condé victorieux de l’élection et rejette les recours des candidats de l’opposition. L’arrêt de la cour constitutionnelle ayant l’autorité absolue de la chose jugée, donc insusceptible de recours, la crise s’installe définitivement et les bras de fer commencent.

Alors que le domicile de Cellou Dalein Diallo est encerclé par des camions de la Police et des pickups de la Gendarmerie nationale ; le siège de son parti investi et les mobiliers qui s’y trouvaient saccagés ; que le militant anti troisième mandat et membre du FNDC, Oumar Sylla dit Foniké Menguè est arrêté et en prison depuis le 27 septembre 2020, plus d’une centaine de militants d’opposition, de responsables politiques ou encore des membres de la société civile seront arrêtés et emprisonnés. D’autres réussiront à s’enfuir et s’exiler au Sénégal. Parmi les opposants détenus dans des conditions carcérales qualifiées de «suspectes» par Amnesty internationale12, des morts seront à regretter. Le 16 décembre 2020, Roger Bamba, membre du conseil national des jeunes de l’UFDG est déclaré mort en détention. Cela va choquer et émouvoir une grande partie de la population, visiblement impuissante face au régime d’Alpha Condé. Le témoignage glaçant de son épouse racontant ses dernières heures est relayé sur les réseaux sociaux.

Malgré le tissu social complètement effiloché, une précarité galopante et un isolement international de plus en plus visible, le régime d’Alpha Condé ne reculera devant rien. Interdiction de voyage pour les cadres de l’UFDG. Fragilisation totale de l’ancienne troisième force politique guinéenne, le parti UFR [Union des Forces Républicaines] dirigé par Sidya Touré. Intimidation d’opérateurs économiques nationaux. Création de médias parallèles pour contrôler l’opinion.

Plus de manifestations en Guinée. Indiscutablement, Alpha Condé a mis tout le monde au pas. A Conakry, on entend les mouches voler. Toutefois, derrière ce silence, une révolte de la population est redoutée, comme ce fut le cas des événements de janvier et février 200713. En outre, espérant avoir un répit en procédant à des arrestations sommaires, le régime n’en connaîtra aucun.

La chute du Tsar

Entre avril et août 2021, plusieurs grèves sont constatées à Conakry. En avril déjà, les huissiers de justice soutenus par des avocats entament une grève pour dénoncer le non-respect des décisions de justice. En juillet, grève du secteur des télécommunications pour protester contre la surtaxation du secteur des postes, télécommunications et assimilés. En août, grève des transports contre l’augmentation du prix du carburant.

À rappeler que le 1er septembre 2020, la veille même de l’annonce par Alpha Condé d’être candidat à un troisième mandat, s’est tenue une réunion dans la préfecture de Dubraka. C’est-à-dire, au domicile du kountigui [sage] Elhadj Sekhouna Soumah, personne morale représentant la région de la Basse-Guinée. Etaient conviés et présents à cette réunion, les trois autres sages des régions de la Haute-Guinée, la Moyenne-Guinée et la Guinée-Forestière. Ces sages, considérés comme des autorités morales et traditionnelles, étaient réunis pour adopter une position commune face au troisième mandat d’Alpha Condé. Etonnamment, ils ont été gazés par les forces de l’ordre. C’était un acte d’une rare gravité. Une audace triste. Un pas de trop venait d’être franchi. Une troisième brouille qui sape totalement l’image du régime et creuse le fossé avec le peuple.

Dans ce climat de méfiance et de rupture de confiance entre les acteurs guinéens, intervient le dimanche 5 septembre 2021, à la surprise générale, un coup d’État contre le Président Alpha Condé. C’est la chute du Tsar.

Ce coup d’État, une première en Guinée, est commandité par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, le patron du Groupement des Forces spéciales guinéennes. Selon Aliou Barry, directeur du Centre d’analyse et d’études stratégiques de Guinée, spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique : «l’unité des forces spéciales a été créée par Alpha Condé sur les conseils du Président Idriss Deby Itno14. Au départ, cette unité était chargée de lutter contre le terrorisme, les actes de pirateries maritimes»15. La manière dont le coup d’État s’est déroulé est digne d’un film de guerre d’Hollywood, où on met en scène l’influence militaire américaine.

Le récit du coup d’État est raconté doublement et différemment. Par Jeune Afrique qui raconte les événements sous un angle d’opinion et de commentaires. Par Africaguinee qui fait témoigner un «rescapé», et à ce titre reste dans l’exercice du journalisme.

Jeune Afrique a montré… qu’il est un hebdomadaire de connivence

Tout le contenu de l’article de Jeune Afrique qui traite du sujet, par ailleurs signé par François Soudan, laisse entrevoir une action de communication et non d’information. Démonstration.

Décrivant ce que Jeune Afrique appelle la «capture facile d’Alpha Condé», François Soudan affirme dans un article16 qui aurait simplement dû être un éditorial parce que rempli d’approximations, ce qui suit : «En ce début de matinée du dimanche 5 septembre, les petits détachements de bérets rouges qui gèrent les trois checkpoints disposés le long de l’avenue qui mène jusqu’à la grille d’entrée du palais sommeillent encore». Plus loin, il poursuit «Venu de sa base de Kaleya à Forécariah, en Basse- Guinée […] le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya fonce droit sur Kalouma, où il fait son entrée aux alentours de 8h du matin». Première bonne fausse information. Il faut savoir que les éléments des forces spéciales ont opéré entre 2h et 4h du matin. Cette information a été rapportée par Africaguinee. Le site d’informations guinéen a recueilli le témoignage d’un garde d’Alpha Condé, présent dans le palais cette nuit-là et blessé par les assaillants. Aucune source crédible n’indique l’heure précise à laquelle ils se sont introduits dans le palais.

L’éditorialiste poursuit : «Les soldats du BASP [Bataillon autonome de sécurité présidentielle] sont des fidèles du président». Première approximation. L’armée guinéenne, quelques soient les critiques qu’on pourrait lui porter, est une armée républicaine et non une armée régulière dont la vocation est d’être fidèle à un homme et non aux institutions. On aurait dit cela de l’armée ivoirienne par exemple, on comprendrait, au regard de sa configuration actuelle.

François Soudan avance encore que «pendant ce temps, si l’on en croit un témoin qui a pu se rendre sur les lieux après les faits, le palais aurait été entièrement visité par les hommes de Doumbouya et nul doute que les sacs de cash, qu’à l’instar de la plupart de ses homologues du continent, Alpha Condé conservait dans sa chambre et son bureau, n’ont pas dû échapper à leur convoitise. Un peu partout dans la capitale, mais particulièrement dans les quartiers acquis à l’opposition, des scènes de liesse succèdent à l’apparition des premières photos sur les téléphones portables». Une autre fausse information. Le fait de dire «sans nul doute» et tirer plus tard une conséquence en vue de faire passer une suspicion en une vérité est journalistiquement étonnant. Attendu que le journal affiche d’ores et déjà sa prise de position, d’autant que rien ne certifie encore aujourd’hui cette information. Aussi, la réalité est que les scènes de liesse étaient spontanées et ont commencé d’abord à Kaloum [centre-ville, qui accueille les sièges des institutions], ensuite dans les communes de Ratoma, de Matoto jusqu’à l’intérieur du pays : N’Nzérékoré, Kankan, etc. Limiter les scènes de joie aux seuls quartiers acquis à l’opposition est une insulte à l’intelligence.


Conakry, 5 septembre 2021, euphorie après le coup d’État contre le Président Alpha Condé. Source : http://urlr.me/5wyrW

L’article de Jeune Afrique parle de l’armée guinéenne ou encore de la Guinée comme une propriété privée d’Alpha Condé. Or, il n’en est rien. Les adjectifs possessifs qui remplissent ce récit en sont la démonstration. Mais connaissant les liens entre l’auteur de l’article et le régime d’Alpha Condé, cela ne peut pas surprendre.

Aussi, s’il n’y a pas d’armée «ordinaire» en Guinée comme l’affirme François Soudan, il est doublement faux de dire que le Président Condé «a toujours évité d’affronter les officiers supérieurs dont son fidèle Mohamed Diané lui signalait le comportement problématique, préférant les éloigner». Les faits.

En juillet 2011, le domicile privé du Président Condé fut attaqué par des éléments de l’armée guinéenne. Après cet événement, ce qui ressemble à une chasse à l’homme a été organisée. Plusieurs officiers guinéens seront arrêtés et condamnés à de la prison ferme. Beaucoup parmi eux n’auraient aucun lien avec l’attaque de la résidence privée d’Alpha Condé. C’est ce que confie dans une interview, l’ancien président de la transition (décembre 2009 à décembre 2010), le Général de brigade Sékouba Konaté dit «El Tigre» : «Tous ces gens [allusion faite aux officiers de l’armée comme le Général Nouhou Thiam17, aux commandants Julien, Saliou Diallo18, le colonel Sidiki Camara dit «De Gaulle»] qui ont participé à l’avènement de la démocratie en Guinée ; les gens ont profité pour faire des règlements de comptes»19. En conclusion, Alpha Condé a bien affronté les officiers de l’armée guinéenne.

En sus de cela, les articles traitant du coup d’État en Guinée, produits par le magazine, sont dans leur majorité orientés et ne résistent pas à la réalité. Il est à noter l’absence de tout parallélisme des formes, de vérité des faits tronqués, de manque de contextualisation, on en passe et des meilleurs. En produisant cet article, le magazine enverrait-il un signal de soutien au régime d’Alpha Condé, tout en pensant que la situation allait s’inverser ?

Autrement, Jeune Afrique a montré durant les 11 ans de pouvoir d’Alpha Condé, qu’il est un hebdomadaire de connivence qui prête allégeance aux autoritaires du continent et qui produit des éditoriaux à flux tendu souvent signés par François Soudan. Jeune Afrique nous dit comment Alpha Condé a chuté mais pas le pourquoi.

Pour faire une analyse sur les situations un tant soit peu honorables qui secouent la Guinée, il faut avoir une lecture équilibrée, la justesse de l’analyse est à ce prix. Prendre en compte la situation globale et revenir au fondement de la crise sociale et politique constitue l’arrière-plan essentiel de la compréhension du coup d’État et son lot de soutiens populaires.

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya a réussi son coup d’État simplement parce que le pays était au bord de l’implosion et lui-même était dans le collimateur du régime. En effet, les services de renseignement guinéens soupçonnaient sa proximité avec le Colonel président Assimi Goita, patron des forces spéciales maliennes. Selon toute vraisemblance, son arrestation était imminente. Il a donc anticipé et mené ce coup de grâce.

Blaise Pascale (Pensée sur la politique n°32), citant Walter Benjamin, s’interroge sur ce qui ressemble curieusement à la situation guinéenne : «Comment se soustraire et répondre à la violence du droit qui décrète illégitime tout ce qui ne le reconnait pas – sinon par un autre coup de force ?».

Kossa CAMARA

Manifestation du 28 juillet : la responsabilité du FNDC et le début du désamour

Manifestation du 28 juillet : la responsabilité du FNDC et le début du désamour

Jeudi 28 juillet 2022, jour de manifestation appelée par le Fndc et soutenue par l’Ufdg et l’UFR notamment. Jusqu’aux environs de 10h et 11h, Conakry était calme. L’appel à manifester n’avait pas été véritablement suivi. Après 11h, constatant le manque de mobilisation, les leaders du Fndc tentent avec succès de rejoindre Bambeto pour encourager les jeunes à sortir dans la rue. Cela sera suivi d’effet. Les jeunes commencent aussitôt à occuper quelques ronds-points dont celui de Bambeto. Alors que la manifestation était initialement prévue sur l’autoroute Fidel Castro et par ailleurs interdite, elle se passera finalement sur l’axe Hamdallaye-Bambeto-Cosa-Sonfonia, connu comme le fief de l’opposition et le bastion de l’électorat de l’Ufdg.

Le Fndc justifie son appel à manifester par le refus du CNRD d’organiser un cadre de dialogue inclusif et surtout et c’est la principale revendication, le retour rapide à l’ordre constitutionnel. Par le passé, le Fndc avait tenté de faire pression sur le gouvernement pour la nomination d’un médiateur de la Cedeao, une demande à laquelle les militaires ont finalement accédé. L’ex Président béninois, Thomas Boni Yayi, nommé médiateur de la Cedeao pour la Guinée, a effectué un déplacement à Conakry le 19 juillet suivi de Umaro Sissoco Embaló, président en exercice de la conférence des Chefs d’Etat de la Cedeao le 20 juillet 2022.

Le gouvernement de transition a fait des efforts pour organiser un dialogue

Sous l’égide du Premier ministre Chef du gouvernement, un cadre de dialogue a été mis en place et auquel les représentants du Fndc et des leaders politiques avaient pris part. Le Premier ministre Mohamed Béavogui était de bonne foi, c’est le ministre Mory Condé qui a joué au petit esprit en s’opposant ouvertement à la démarche du Premier ministre consistant à écouter et entendre les acteurs politiques et de la « société civile ».

Des efforts sont donc faits pour rapprocher les points de vue divergents entre le gouvernement, les acteurs politiques et les leaders de la société civile. Ces efforts, quoique pétard mouillé, méritent d’être soulignés.

Les revendications du Fndc sont louables. Elles devraient permettre le renforcement du dialogue et la convergence des intérêts communs. Il est aussi à encourager que la démocratie respire et s’exprime par les prises de parole civilisées et les manifestations autorisées. Il ne devrait pas y avoir d’un côté des organisateurs de manifestation (dont la posture commence à interroger) ayant introduit des demandes d’autorisation de manifester et au demeurant refusées, de l’autre côté une autorité administrative qui tente de faire respecter la loi et d’empêcher des troubles à l’ordre public que la Guinée n’a que trop longtemps connus.

Le Fdnc fait dans la défiance et montre des muscles qu’il n’a pas

Le discours du Fdnc est clairement celui de la défiance. Il fait montre d’une volonté d’en découdre. Or, aucune organisation et aucun mouvement avec de tels agissements ne devrait prospérer dans un pays. La Guinée traverse une période transitoire dite d’exception mais elle reste un pays doté de lois et des principes toujours en vigueur et auxquels tout le monde est soumis et chacun se doit de les respecter scrupuleusement.

Suite à l’appel du cabinet d’avocats français pour tenter d’influencer les militaires et payer pour cela, les liaisons dangereuses avec l’Ufdg dont le leader est attendu à la Crief et qui risque une inéligibilité du fait d’une probable condamnation, les frustrations d’Oumar Sylla dit Foniké Menguè après que sa candidature à la présidence du CNT a été rejetée pour son faible niveau, une interrogation demeure. Le Fdnc est-il conscient qu’il fait le jeu d’autres acteurs qui souhaitent purement et simplement un nouveau coup d’Etat et donc un nouveau régime en leur faveur ? Le Fdnc est foncièrement illégal et n’a pas à s’affranchir des lois de la République pour servir d’autoroute de déstabilisation de la Guinée. Beaucoup de guinéens l’ont soutenu dans son noble combat de lutte contre le 3e mandat d’Alpha Condé. Qu’en est-il aujourd’hui ? En dehors de l’axe précédemment cité et acquis d’office à l’opposition, les guinéens des autres localités, communes et régions sont probablement lassés. C’est une manifestation de trop.

Morts, blessés, enfants manifestants, la grande part de responsabilité du Fndc

Le Fdnc a une grande part de responsabilité dans les événements en cours et qui risquent de s’enliser. D’abord, sa responsabilité morale est engagée du fait de laisser des enfants de 10 à 15 ans braver, jeter des pierres et injurier les forces de l’ordre. Des enfants sacrifiés sous l’autel d’un combat partisan, loin d’avoir l’adhésion populaire ; ils sont en train d’être formés à l’incivisme et cela est très regrettable. Ensuite, le décompte des morts comme le faisait l’opposition est cynique et démontre quelque part qu’il s’agit d’un probable objectif visé qui semble avoir été atteint. Le Fndc n’est pas le peuple. Enfin, il ne peut jamais y avoir deux commandants dans un bateau. Le Fndc n’a aucune injonction à donner et aucun ultimatum à imposer au CNRD mais une demande à formuler. Le Fndc n’est pas un parti politique, pas une ONG ou une association légalement constituée et encore moins une plateforme de la société civile qui existerait en tant que telle.

Mamadi Doumbouya a une qualité dont on parle peu. Il écoute beaucoup. Il n’a aucune envie non plus de s’accrocher au pouvoir alors qu’il aurait malheureusement pu le faire. Cela, en annonçant les couleurs dès le 5 septembre 2021. Les travaux de la Crief même critiquables sont une belle avancée. Ils ont montré le niveau de détournement et de corruption dont souffre la Guinée. Ils ont également mis en lumière la nécessité pour beaucoup d’hommes politiques de s’accrocher à des partis politiques pour éviter des poursuites judiciaires et qui pourraient s’apparenter à une chasse aux sorcières. Les militaires débarrassent le pays des bandits à col blanc qui ont saigné financièrement la Guinée et qui sont devenus riches en entretenant des millions de personnes dans la pauvreté. Pourquoi se presser et organiser des manifestations quand des négociations sont en cours avec les partenaires de la Guinée ?

A vouloir toujours jouer la carte des mains invisibles qui luttent pour leur survie politique et se bomber la poitrine en arguant avoir réussi l’instabilité, le Fndc a créé un sentiment de désamour. C’est un mouvement qui ne fait plus rêver et qui devient au gré des événements une partie du problème à la crise actuelle dont il est tout à fait comptable. Rien ne justifie une telle violence.

Les quatre morts dont parle le Fndc méritent que justice leur soient pleinement et rigoureusement rendus. Que les coupables, les commanditaires et tous ceux qui sont impliqués d’une manière ou d’une autre, soient également traduits devant le prétoire du juge. La Guinée n’est pas une jungle où chacun peut régner selon son bon vouloir. Des enquêtes sérieuses et approfondies doivent être diligentées pour comprendre le ressort de la manifestation du 28 juillet et son mobile. Les services de renseignement domestique et extérieur sont à mobiliser à cet effet.

Manifester pour le retour rapide à l’ordre constitutionnel alors qu’au même moment une médiation est en cours et la Cedeao s’est félicitée de sa dernière visite en Guinée, est irresponsable et condamnable avec fermeté.  Le fndc développe un esprit d’arrogance alors que sa capacité de mobilisation est interrogeable.

Il y a une fatigue et une lassitude chez les guinéens à regarder impuissamment leur pays sombrer dans l’instabilité et faire la Une des médias internationaux de manière dégradante. Le changement doit être courageusement opéré. Que le vent de la transition touche les quatre coins de la Guinée.  

Kossa CAMARA

Consultant en Communication

« Inspecteur Colombo », disciple improvisé de Louis Auguste Leroy : les fabriques de dictateurs et leur industrie de propagande

« Inspecteur Colombo », disciple improvisé de Louis Auguste Leroy : les fabriques de dictateurs et leur industrie de propagande

Depuis la création à la Présidence d’une Direction de la communication et de l’information, le 6 décembre 2021, la Guinée renoue avec les vieilles pratiques de propagandes mensongères. Après le plagiat de l’identité visuelle du département d’Etat américain, la tribune de 15 minutes lue à la RTG, l’allocution de Mamadi Doumbouya dans une salle de classe, c’est une nouvelle insulte à l’intelligence qui vient d’être abondamment relayée par les médias guinéens sous l’appellation de tribune. Ces actes ne relèvent aucunement de la communication et traduisent malheureusement un certain degré d’ignorance manifeste du métier de communication publique.

Le fameux « Inspecteur Colombo » peine toujours à comprendre que la communication et par extension l’information au sens du journalisme, n’a pas vocation à user de formules creuses et touffues pour flatter l’égo d’un chef de la junte dans un pays de tous les paradoxes. Il est désormais de notoriété publique que le Dircom de la Présidence fait tout sauf le travail pour lequel il a été recruté. Pour sauver la face, il serait sage de démissionner que d’accumuler autant de contre-sens communicationnels. Il est peut-être des âmes que Hugo décrivait dans Les Misérables : « Il existe des âmes écrevisses reculant continuellement vers les ténèbres, employant l’expérience à augmenter leur difformité, empirant sans cesse, et s’empreignant de plus en plus d’une noirceur croissante ». Face aux nombreuses fautes répétées et continues de la DCI, le silence pesant de Mamadi Doumbouya, un excellent récitateur, pose la question de son niveau et de sa capacité managériale.

Décryptage d’une tribune qui donne des céphalées, tant par la forme que par le fond…

Cette fanfaronnade de la DCI est très difficile à lire. C’est un concours de gros mots, de phrases toutes faites, de locutions inappropriées et de tournures mal construites, sans parler des expressions alambiquées.  C’est surtout un faux procès fait à Jeune Afrique dont « le papier mis en cause » n’est pas un article de presse. Les propos ne sont pas du magazine mais de l’ancien ministre centrafricain de la Communication qui prédit une fin de Mamadi Doumbouya à l’image de celle qu’a connue Moussa Dadis Camara.

En Guinée, la seule manière d’impressionner est de mettre dans son texte une grande quantité de mots difficiles ou d’en faire valoir à l’oral. Cela permet à l’auteur comme « l’Inspecteur Colombo », de se convaincre grand intellectuel et de croire posséder un certain niveau qu’il n’aurait pas. Or, ce pédantisme est le fait des petits esprits qui n’ont rien à offrir et qui sont dépourvus de toute faculté à réfléchir par eux-mêmes et à penser. C’est en réalité une bonne façon de cacher leurs limites intellectuelles ou du moins leur incompétence. Cette tribune est aussi remplie d’approximations, d’essentialisations et de contre-vérités. 

Le pédantisme, le compagnon fidèle des imposteurs 

  • « Face aux galéjades d’une certaine presse (JA) stipendiée par des forces de destruction massive, rétives aux changements, le président de la Transition guinéenne, Colonel Mamadi DOUMBOUYA reste tranquille comme Baptiste. D’un calme olympien, il utilise le silence pour donner plus de relief à ses actes qui font tilt ». § 1

Dès le début du texte, on est tout de suite frappé par cet enchaînement de mots inappropriés, de comparaisons mal venues et de métaphores pompeuses qui rendent la lecture très difficile. Aucune sobriété, pourtant critère premier en communication. Cette lourdeur du texte se ressent au fil des paragraphes et on se demande parfois de quoi parle-il. Une tribune est l’équivalent d’un message. Quand il écrit dans une même phrase « galéjades », « stipendiée », « forces de destruction massive », « tranquille comme Baptiste » et dans la seconde phrase « il utilise le silence pour donner plus de relief à ses actes qui font tilt », cela prête à sourire et c’est bien triste pour un service à la présidence dont la réputation est ébranlée. Au fond, c’est nul comme procédé d’écriture. 

  • « Dans la peau de nouvel homme fort de Conakry, ses premiers mots sont rassurants, et ses actes préliminaires, prémonitoires d’une Guinée qui va faire sa mue: les Guinéens habituellement divisés et houspillés sous l’ancien régime, apprennent à conjuguer désormais le langage de l’unité et du rassemblement sous l’impulsion de leur nouveau leader. La libération des détenus politiques et d’opinions conjuguée au retour des exilés apparaît comme un signe manifeste de détente qui s’arrime à sa volonté d’unir les Guinéens ». Extrait § 2

Ignorant l’origine médiatique de « nouvel homme fort », celui qui se fait appeler maintenant « communicant » (une usurpation de titre) doit savoir que ce terme renvoie aux putschistes et aux dictateurs. Il consent donc que son patron Mamadi Doumbouya en serait un. Comme dans le premier paragraphe, Monsieur pédantisme semble se plaire dans un style d’écriture très pauvre. « Ses actes préliminaires, prémonitoires d’une Guinée qui va faire sa mue ». Cela ne veut rien dire ! « Les Guinéens habituellement divisés et houspillés sous l’ancien régime, apprennent à conjuguer désormais le langage de l’unité et du rassemblement sous l’impulsion de leur nouveau leader ». FAUX ! Mamadi Doumbouya est le fruit du régime Alpha Condé. Caporal dans l’armée française, Alpha Condé a fait de lui colonel au fil des stages qu’il a effectués à l’étranger. D’ailleurs, la vitesse avec laquelle il est monté en grade est hallucinante. Mamadi Doumbouya est le chef de la junte militaire et non un leader. Alors commandant de l’unité des Forces spéciales, il est accusé par le FNDC d’avoir participé aux tueries des manifestants à la faveur du double scrutin législatif et référendaire ainsi qu’au moment de la présidentielle ayant abouti au 3e mandat du président déchu. Une vidéo du colonel Doumbouya circule sur les réseaux sociaux, où on le voit jeter des corps de militaires vraisemblablement guinéens. Même pour les morts, l’actuel chef de la junte ne semblait point avoir du respect. Alors le présenter comme un messie est une maladresse. 

Les mensonges de la DCI

  • « Dans la Guinée qui sort peu à peu de sa torpeur et de sa longue léthargie, la machine bien rodée des détournements de deniers publics semble grippée. Les pratiques qui la sous-tendent sont désormais clouées au pilori à la grande satisfaction de la majorité des Guinéens. Pour le président du CNRD, ‘’être investi de responsabilités publiques n’est pas un chèque en blanc pour chaparder impunément l’argent du contribuable guinéen ou pour s’attribuer à loisir des biens appartenant à l’Etat’’. Dès lors, nettoyer les écuries d’Augias se présente comme une planche de salut public. La campagne de récupération des biens de l’Etat démarre sous les chapeaux de roue. Elle touche anonymes et des figures connues d’anciens régimes dont Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG, Sidya Touré, président de l’UFR, Amadou Damaro Camara, haut responsable du RPG (ancien parti au pouvoir), tous priés de libérer les lieux squattés. Un scénario naguère inimaginable dans un pays où le règne des privilèges a généralement valeur de loi. » § 3. 

Soutenir qu’il n’y a pas de détournement et de corruption en Guinée au motif que la transition serait parvenue à freiner le système mafieux qui mine l’administration guinéenne n’est pas juste. S’est-il une fois posé la question ou a-t-il cherché à savoir parce que, « Grand enquêteur », qui des dirigeants de la transition et membres du CNRD auraient déjà acheté des appartements à Abidjan ? 

La campagne de récupération des biens qui appartiendraient à l’Etat a été ponctuée de violation du droit de propriété et de piétinement de la justice. Elle n’a touché aucun anonyme puisque la majorité des familles qui habitent la corniche de Landréah et la Cité ministérielle sont du régime de Sékou Touré. Elles sont très bien connues du fait de leur histoire et de la relation qu’elles continuent d’entretenir avec Madame André Touré, épouse du camarade Sékou Touré. 

La procédure d’expulsion de Damaro Camara, père de famille, a été une atteinte à sa dignité. Réduire en amas de gravats l’ancienne maison de Cellou Dalein Diallo pendant que le dossier est en justice et y construire une école quand des sous-préfectures en manquent, est le symbole d’une pure injustice. C’est le CNRD qui fait la loi et la justice est subtilement aux ordres. Sinon, comment expliquer la restitution en avril 2022 à Elhadj Ousmane « Sans Loi », de plusieurs biens immobiliers confisqués sous Alpha Condé, par une simple saute d’humeur du colonel Amara Camara ? Et pourquoi on refuserait aux autres le même traitement de faveur ? La réponse est connue. Il faut jouer à l’équilibre social après avoir ciblé délibérément des gens.  « Inspecteur Colombo » est peut-être trop occupé à jouer le maître de cérémonie au lieu d’incarner pleinement sa fonction qu’il ne mérite pas au point d’oublier ces réalités. 

Les protégés du système

« Mieux, le temps des passe-droits et des hommes politiques supposés intouchables, quand bien même ces derniers seraient en conflit avec la loi, appartient désormais au rayon des souvenirs. Signe d’une nouvelle ère qui s’amorce, la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) voit le jour. Cette juridiction passe sous ses fourches caudines, actuels et anciens dignitaires. » Extrait § 4. 

Lansana Kouyaté, Premier ministre de Lansana Conté, arrivé dans le gouvernement à la faveur du soulèvement populaire de janvier et février 2007, a mis le long de l’autoroute Fidel Castro des lampadaires solaires. La presse avait alerté à l’époque sur de possibles soupçons de détournement. Est-ce qu’il sera entendu par la CRIEF ? L’ancien tout puissant ministre secrétaire général à la Présidence de la République Kiridi Bangoura n’est pas inquiété, alors qu’il a eu la plus grande longévité dans les régimes de Conté et de Condé, et surtout, qu’il a été au cœur de nombreux grands projets à la Présidence. Serait-il également entendu par la CRIEF ou bien c’est le protégé du colonel Amara Camara – son successeur – qui est maintenant présenté comme le principal conseiller de ce dernier ? 

L’entièreté de la tribune de « l’Inspecteur Colombo » est susceptible de remise en cause profonde. Quand on y enlève les adjectifs, les superlatifs et les gros mots comme « forces de destruction massive », il ne restera qu’une coquille vide destinée à amuser la galerie. 

L’incompétence érigée

A tous ceux qui ont la République en haute estime, il faut dorénavant contrer par les arguments ceux qui travaillent à la faire vaciller. Au demeurant, la DCI sur le plan purement de la communication a produit quels résultats à part des tribunes déshonorantes ? Aucun ! Au-delà des publications sur Facebook et Twitter – et qui sous-tendent toute la communication de la présidence -, il n’en est rien.

Lorsqu’un journal ou un média écrit sur l’institution dont vous avez la charge de conduire la communication, vous n’écrivez pas une tribune signée par votre direction comme la DCI. Une tribune n’engage pas une institution mais la personne qui l’a signée. C’est donc un manque de courage que de ne pas directement signer « Inspecteur Colombo ». Ce n’est pas étonnant dans un pays où un simple journaliste, ou sinon, quelqu’un qui aurait des qualités oratoires [peut] se retrouve(r) chargé de communication, voire directeur de communication au grand dam des professionnels de la communication. 

La DCI ose tout. Plagiat. Contre-sens en communication. Allocution présidentielle dans une salle de classe. Prise de parole du porte-parole de la présidence devant le président perdu. Confusion des genres. Mise à l’écart de la RTG avec un flag micro de la DCI. Le bilan est déjà trop négatif pour être encore à la tête de la DCI. Il y a en Guinée des gens compétents en communication et qui méritent d’être plébiscités. 

Comme à l’époque de Lansana Conté, « l’Inspecteur Colombo » suit les traces de Louis Auguste Leroy et oublie que les temps où on chante à souhait les louanges du chef sont révolus et appartiennent désormais au décombre de l’histoire. 

Citant son ami Brice Parain, Albert Camus – auteur de l’Etranger – écrit en 1944 : « L’idée profonde de Parain est une idée d’honnêteté : la critique du langage ne peut éluder le fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c’est le mensonge. »  

Kossa CAMARA

Consultant en Communication

La dictature des nouvelles tendances : le commerce de la nouveauté

La dictature des nouvelles tendances : le commerce de la nouveauté

La communication devrait-elle continuer à subir le diktat des nouvelles tendances à l’ère du numérique ou va-t-elle résister en embrassant bien sûr la modernité tout en gardant sa singularité ?

Kossa Camara, communicant, membre de COM-ENT.

« Nous sommes en janvier 2022. L’occasion de présenter les nouvelles tendances de l’année qui vont bouleverser les pratiques du marketing et de la communication ». Voilà une phrase à laquelle il faudra très certainement s’attendre en début d’année prochaine. 

Chaque année, communicants, marketeurs ou chargés de veille concurrentielle voient apparaître sur les Dashbord de leur outil de veille, des articles de revues ou de blogs évoquant des grandes tendances à suivre. Ces informations sont alors partagées aux équipes sous forme de Newsletter ou d’alerte. C’est à croire que l’arrivée d’un nouvel an est toujours synonyme de nouveauté et donc d’innovation. On confond même innovation incrémentale et innovation de rupture. Mais passons. En effet, la nouveauté dont on parle n’en est rien en réalité. Il s’agit somme toute d’un phénomène qui tend à s’ériger en norme. 

Au-delà de simples pratiques marketing, ce qu’on appelle « nouvelles tendances » est maintenant présent dans tous les secteurs d’activité, à quelques exceptions près. Cap sur ces phénomènes dits de tendances qui influencent les pratiques de travail et qui menacent le professionnalisme, notamment les métiers de l’information et de la communication. 

æLes gens pensent que tous les ans on a des tendances. Mais non, ça, c’est la mode.

Suivre les tendances de son secteur d’activité est normal. Il faut être à l’affut de l’actualité pour comprendre les dynamiques en cours et les évolutions à venir. C’est une des meilleures manières de s’adapter ou d’être résilient. D’où l’importance de la veille dans tous les métiers, des plus simplistes aux plus complexes. Toutefois, lorsque tous les semestres de l’année, on voit de nouvelles tendances qui émergent, invitant les professionnels de la communication, du marketing ou même de l’information à s’adapter, c’est là tout le débat. 

La question qu’il convient de se poser face à ce phénomène grandissant, est de savoir, qui décide que telle pratique est une nouvelle tendance ? Comment détermine-t-on ce qu’est une nouvelle tendance ? Pourquoi avons-nous droit à une liste de nouvelles tendances décidée de manière subjective et aléatoire ? 

Autant d’interrogations qui méritent une prise de recul nécessaire de la part de tous les praticiens de la communication et du marketing. Car nous sommes arrivés à un stade où ce qu’on appelle nouvelle tendance a influencé subtilement l’évolution des métiers de l’information et de la communication. 

Il est venu le moment où la rigueur, la science cèdent le pas à la facilité et au mouvement de quelques personnes sur les réseaux sociaux. 

D’ailleurs, Mercedes Erra, la présidente et co-fondatrice de BETC, une des premières agences de publicité en Europe, confiait dans une master classe Convaincre et porter ses idées les propos suivants : « Les gens pensent que tous les ans on a des tendances. Mais non, ça, c’est la mode. C’est parce que les créateurs disent c’est rouge cette année, ils font ce qu’ils veulent en fait. C’est ça la tendance, ce qu’ils veulent. Nous, ce n’est pas ça, c’est ce que les êtres humains ont au fond d’eux-mêmes. Et donc, ça ne bouge pas du jour au lendemain, tout ça va très lentement » [1].

Du fait d’avoir accepté cette idée de nouvelle tendance, nous en sommes arrivés à devoir se justifier face à des polémiques qui enflent de plus en plus. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans les rédactions de grands médias ou d’observer les couvertures des manifestations organisées dans les grandes métropoles. 

Les médias ne sont pas des réseaux sociaux

Thomas Sotto, journaliste et animateur du JT de France 2, a fait part de sa crainte dans un entretien au Point, de l’influence des réseaux sociaux sur la ligne éditoriale des médias. Il affirme que les réseaux sociaux font beaucoup de mal aux métiers de journalisme, car pour lui, « on leur donne une importance disproportionnée. Il y a une phrase que je ne supporte plus d’entendre dans les rédactions, c’est ‘ça monte sur les réseaux sociaux’ ». Plus loin, il confie que « Les médias ne sont pas des réseaux sociaux. 

Aujourd’hui, le métier de journaliste est en danger. Il faut choisir son camp : l’information ou le buzz, l’offre ou la demande » [2]

L’actualité lui donne raison. L’on se souvient de la démission de Xavier Gorce, alors dessinateur depuis 18 ans pour Le Monde. Une démission causée par un article intitulé à nos lecteurs [3], signé par la directrice de la rédaction du quotidien du soir, Caroline Monnot. Cet article fait suite à une polémique alimentée par quelques personnes sur le réseau social Twitter à la suite de la publication d’un dessin de Gorce, « Repères familiaux » [4]

Toujours dans le domaine du journalisme. On voit apparaitre une autre pratique, poussée par les mêmes nouvelles tendances. Lorsqu’on a un téléphone avec une bonne résolution et un stabilisateur, on peut devenir journaliste. Observons pour cela les pages qui font des directs lors de grandes manifestations. Ce ne sont pas des journalistes mais des personnes lambdas qui ont compris la marche du monde. On les appelle même journalistes citoyens. 

Mais quel magma ! Leur nombre d’abonnés monte en flèche à chaque « couverture » d’événement. Ils font maintenant des formats ressemblant à des interviews ou des entretiens. Indiscutablement, ils font de l’audience. Parce qu’on a accepté la dictature des nouvelles tendances, alors ils réclament une carte de presse, estimant qu’ils font le même travail que celui d’un reporter. Plus besoin de passer des années dans une école de journalisme ? C’est aussi cela la tendance. 

Un communicant doit aimer l’ombre sans pour autant se résigner à l’anonymat 

Les communicants, traditionnellement connus pour leur secret et la rareté de leur parole se sont laissés fascinés par ce même phénomène : l’obsession de la visibilité et du branding. Le communicant, dont le travail n’est nullement de se mettre en avant mais de rester dans l’ombre et cuisiner les grandes stratégies, est devenu un éditorialiste, passant de plateau en plateau pour décrypter l’actualité. 

Or, il est contradictoire et même incompatible de vouloir travailler sur la notoriété et l’image d’une marque et se mettre soi-même en scène. De deux choses l’une. Soit on est communicant et on agit conséquemment ou on ne l’est pas et on continue à faire le tour des plateaux. Le branding est fait pour les dirigeants ou les personnalités. Dans le milieu fermé de la communication politique, de tels comportements ont des incidences directes sur la perte de confiance entre cabinet conseil et clients. Les clients souhaitent travailler avec des gens qui savent garder des secrets et par conséquent, se priver de toute action de théâtralisation les concernant. Un communicant doit aimer l’ombre sans pour autant se résigner à l’anonymat.  

Nouvelle tendance, ah bon ? En mars 2020, une agitation tous azimuts, qui a gardé en haleine toute la sphère internet à la suite du lancement de l’application Clubhouse, est un véritable cas d’école. Clubhouse, une application reposant sur l’audio a été valorisée en bourse à plus d’un milliard de dollars. En moins d’une semaine, plus d’un million de téléchargements ont été comptabilisés [5]. L’application a vite été qualifiée de révolution. 

Pourtant, cette idée de révolution est historiquement et factuellement contestable. Qu’il s’agisse de Clubhouse ou des podcasts, tous sont nés sur « les cendres » de la radio. 

Cendres parce que la radio, autrefois média de l’intime, celui du mystère, de la voix sans le visage, a succombé aux nouvelles tendances. Elle qui était censée être intime, a décidé d’ouvrir sa fenêtre de tir au spectacle. 

Avec l’arrivée des réseaux sociaux, toutes les radios, en somme l’effet de mode, se sont mises à créer des pages Facebook et diffuser en direct. En faisant cela, elles ont rompu avec leur tradition. Maintenant, la radio, ce n’est plus la voix, c’est en quelque sorte, un média à cheval entre la vidéo et l’audio.

Les agences, les cabinets tous bientôt challengés et remises en cause ? Cette vidéo, qui a fait plus d’onze millions de vues est une des nombreuses illustrations de là où pourraient nous mener les nouvelles tendances. Avec un téléphone IPhone, une light box, un endroit spécifique, etc., les studios créa vont devoir fermer boutique ? 

Devrait-on s’étonner demain de voir la VOD remplacée le cinéma et l’internet les livres ? L’école est prise à partie et sa raison d’être de plus en plus contestée. On voit bien qu’au-delà de la profession communication et marketing, c’est un pan entier de la société qui vacille. 

La communication devrait-elle continuer à subir le diktat des nouvelles tendances à l’ère du numérique ou va-t-elle résister en embrassant bien sûr la modernité tout en gardant sa singularité ?